Why Him?: peut-on accepter la paresse?

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Jim Chartrand

Vulgaire à souhait et réunissant une distribution qui a son cachet, la comédie américaine Why Him?, qui se voudrait bien délirante, n’a pas vraiment sa place parmi les grosses sorties du temps des fêtes, si ce n’était du sens de la famille qu’il nous remet constamment au visage.

Le long-métrage n’a pas vraiment de tension. Il n’est pas vraiment la compétition annoncée entre le beau-père et son futur gendre. De fait, il n’est pas véritablement drôle non plus. Il débute, se déroule et se termine sans vraiment d’avertissement (cliquer des yeux pourrait vous faire rater la résolution) et il suit une histoire dont on ne se souviendra plus quelques heures plus tard.

John Hamburg renoue avec les liens qui unissent et désunissent les uns et les autres, mais souffre encore d’un manque de rythme flagrant. Au moins, son précédent I Love You, Man avait le mérite de renverser les codes du chick flick pour en faire un buddy movie plus ou moins tordu, parfait pour l’ère des bromances. Ici, la rencontre d’un père pour l’amour de vie de sa jeune fille chérie tourne au vinaigre, oui, mais tombe également à plat.

Comme quoi, la folie désinvolte de James Franco est moins bien accueillie qu’à d’autres endroits et qu’il ne parvient pas à faire lever l’histoire que lui a concocté son ami Jonah Hill, évoquant quelque chose qui n’a rien à voir avec les élans méta de la franchise Jump Street, mais bien plus avec la déception qu’était au final le film d’animation osé pour adultes Sausage Party. Soit, une idée plus ou moins louable, mais qu’on ne parvient jamais vraiment à mener à terme malgré quelques éclats de rire ici et là.

Bon, le film n’est jamais véritablement mauvais. Oui, il sent constamment la redite et allonge inutilement des gags qui auraient pu ne durer que quelques secondes (ou ne jamais exister), par exemple l’interminable séquence du bol de toilette, mais avec une distribution aussi féroce, disons qu’il faut bien plus pour ruiner Megan Mullally et, surtout, l’imposant Bryan Cranston. Celui-ci, d’ailleurs, qui renoue avec son penchant comique, celui-là même qui l’a habité durant les six ans de Malcolm in the Middle ou encore toutes ses apparitions mémorables dans Seinfeld ou même plus récemment dans la comédie musicale Rock of Ages.

Pour le reste, Zoey Dutch est une nunuche respectable, pas mal le même rôle que celui dans le pas moins décourageant Dirty Grandpa du début de l’année, alors que l’explosif Keegan-Michael Key vole plus souvent la vedette que dans son Keanu et fait meilleure figure que Cedric the Entertainer, disons. Et au-delà de quelques cameos (loin d’être très impressionnants étonnamment), on dénote aussi quelques présences bien accueillies comme Casey Wilson, Andrew Rannells et Adam Devine.

Sauf que dans le genre, The Night Before l’an dernier réussissait bien mieux à tous les niveaux. Même la scène de party complètement absurde et surréelle en plein milieu du film (la meilleure séquence d’ailleurs) ne peut atteindre la débauche de Sisters, alors que le côté plus touchant du film fait passer Daddy’s Home pour une réussite. Soit, les trois comédies du même type qu’on nous avait offert l’an dernier.

Enfin, basé sur les regrets et tourné d’une certaine façon vers l’avenir en montrant les bons et les mauvais côtés de notre réalité technologique, Why Him? ne présage pas nécessairement la plus belle des continuités pour les comédies, surtout si le public se nourrit abondamment de ce qu’il nous propose et, bien sûr, de sa profonde paresse. Au mieux, il arrivera, on le subira et on passera rapidement à autre chose. Tiens, cela commence à sonner comme un véritable souhait pour le Nouvel An, le genre qu’on s’est un peu trop répété au cinéma cette année.

4/10

Why Him prend l’affiche en salles ce vendredi 23 décembre. Plusieurs représentations ont lieu ce jeudi soir.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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