Rogue One – A Star Wars Story: trop miser sur la Force

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Jim Chartrand

Dénué de toute originalité, Rogue One apparaît comme une commande qui a des allures d’attrape-pognon pour le nombre incalculable d’amateurs de la saga Star Wars. Et, à en croire la formidable année de Disney, ce petit pari peu risqué est presque assuré de rapporter gros à l’entreprise, tout en évitant de dépasser les attentes du spectateur.

Moins chaotique que son Godzilla, pas aussi intime que son Monsters, Gareth Edwards se retrouve avec la lourde tâche de nous amener un Star Wars, ce, sans faire entièrement partie de la saga. Et si l’histoire bouche les trous et nous montre en images ce qu’on imaginait sans mal, il évite le copier-coller de l’Épisode VII et essaie des choses. Le problème avec tout ceci, c’est que l’intérêt est constamment vacillant et que la recette s’avale beaucoup moins bien que la veille, probablement parce que, peu importe ce qu’on en dira, Edwards n’a pas la même vision que ses prédécesseurs, ni même leur talent.

Certes, visuellement, c’est la totale. Les panoramas sont magnifiques, les effets spéciaux sont accomplis (sauf peut-être pour les faux humains qui vont largement faire sourciller) et ça fourmille d’inventivité pour nous émerveiller du début à la fin. Il en va de même pour le soin apporté à la musique alors que le grand Michael Giacchino, à défaut de nous ramener tous ses tics habituels, nage comme un poisson dans l’eau dans l’univers intergalactique, tout en parvenant habilement à ne pas trop flirter avec son travail sur Star Trek.

C’est beaucoup plus douloureux du côté de l’histoire et de ses personnages auxquels on s’attache très peu, ce qui n’aide pas à suivre leurs aventures avec attention. Bien sûr, la distribution est impeccable, mais dans cette farandole d’acteurs étrangers qui se forcent à parler en anglais, on n’est pas si bien servi que ça par Diego Luna, Riz Ahmed et autres Donnie Yen qui se retrouvent avec des personnages plus ou moins intéressants ou même sous-développés. Bien sûr, Felicity Jones a encore beaucoup de panache et de charisme, Ben Mendelsohn est beaucoup plus convaincant que Adam Driver et Domhnall Gleeson réunis, et Alan Tudyk fait du bon boulot dans le rôle vocal et divertissant de K-2SO. En revanche, quoique apparaissant brièvement, mais étant moins sous-utilisé que Mads Mikkelsen, c’est Forest Whitaker qui épate le plus, donnant tout ce qu’il a dans le rôle complètement éclaté de Saw Gerrera.

Si avant de tomber dans le mélodrame ridicule, le film aura droit à un dernier acte un peu longuet, mais spectaculaire, on regrettera tout le temps passé à balancer l’histoire à droite et à gauche dans cette rébellion condamnée d’avance. Ainsi, on se retrouvera face à une liste à cocher d’éléments de tout acabit qu’on s’assure d’inclure pour tous: la relation amoureuse, les histoires de familles brisées, les trahisons, le robot drôle, le penchant féministe, les créatures bizarres et, surtout, des références à la tonne pour faire hurler de bonheur tous les amateurs.

C’est donc à coup des mots « force » et « espoir » que l’aventure ici présente deviendra rapidement lassante. En jouant sur quelque chose d’aussi simpliste et pauvre en risques, on fera face à un produit qui fait plus ou moins la job. Un film auquel le succès est néanmoins garanti, beaucoup s’avéreront vaincus au simple retour de Darth Vader, l’un des méchants les plus marquants du septième art, mais si peu valorisant pour ceux qui s’attendaient véritablement à être épatés.

Rogue One est donc une tactique évidente pour faire de l’argent; on peut, jusqu’à un certain point, apprécier une part du travail qu’on y a consacré. En revanche, on est davantage exaspérés par la lassitude qui s’en dégage plus qu’à l’habitude, croisant ardemment les doigts pour que le surdoué Rian Johnson arrive d’une certaine façon à sortir Disney de ses propres balises pour, enfin, nous en mettre littéralement plein les yeux, le cœur et l’esprit avec le très attendu Épisode VIII. En attendant, on regardera cette proposition avec curiosité, mais sans pour autant espérer mieux.

5/10

Rogue One prend l’affiche ce vendredi 16 décembre. Plusieurs représentations spéciales ont lieu ce jeudi 15 décembre.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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