Manger à la cabane à sucre dans le Vieux-Québec

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René-Maxime Parent

À deux enjambées du Château Frontenac, la cabane à sucre se loge dans un immeuble ancien de la rue Saint-Louis sous la bannière La Bûche. Là, où le sirop d’érable coule à flot à longueur d’année.

Habillé en bûcheron, le serveur me guide à ma table. Aussitôt assis, il y dépose un casseau d’oreilles de crisse nappée de sirop d’érable. Le menu s’apparente à un cahier Canada des années 1980 avec des inscriptions tronquées respectant le lettrage original. Sur plusieurs pages, les noms et descriptions des plats sont accompagnés de dessins, photos, jeux et blagues. À boire, ils servent les spiritueux québécois, dont une Sangria au Caribou, le Tonic Boréal fait à base de Gin Ungava, ainsi que le Gaspésien à base de Rhum Chic Choc et de Cola 1642.

Après avoir commandé une salade et un pâté chinois, mon regard s’est arrêté sur la peau de loup blanc étendue sur le mur devant moi avant de constater que tout est en bois autour : les murs sont recouverts de planches de bois, les tables sont en bois… le serveur revient avec ma salade en déplaçant le plus d’air possible. La vinaigrette goûte le sirop d’érable, mais les bleuets ne sont pas sauvages. Puis, le serveur me demande si tout est correct en m’interpellant de l’autre bout de la salle, comme un bûcheron.

Il dépose la cruche d’eau avec force sur ma table, suivi des marinades. « Vinaigre de framboise, bien vu ! », me répond-il après lui avoir fait la remarque sur le goût des betteraves. Mon pâté chinois respectait l’ordre steak, blé d’Inde, patates, mais n’avait pas la forme carrée. Avec le steak effiloché cuit dans du vin déposé sur du ketchup aux fruits sucré/salé, le « typique » s’est transformé en « gastronomique ».

Bien campé dans son rôle, le serveur a continué de m’interpeller avec la verve d’un bûcheron canadien-français, mais dans un bon français de la région de Québec.

Marketing

Les bûcherons des basses terres du Saint-Laurent qui ont déjà enfilé un « monstre » au restaurant mexicain El Zaziummm sur la rue Laurier à Montréal ou ceux qui se souviennent d’avoir parcouru un sac d’épicerie de papier en guise de menu chez Moe’s Deli & Bar à Laval, seront familier avec ce concept de restaurant thématique branché. Si le premier sert de la cuisine mexicaine qui empiète sur les boardwalks des plages californiennes et que le style du second se résume à un « melting pot », l’expérience reste entière pour autant.

Au restaurant La Bûche, l’ambiance thématique branchée se réfère au folklore, de sorte que le nouveau rappelle l’ancien. Le restaurant rend également une activité culturelle réservée à la saison du printemps, praticable tout au long de l’année. De plus, la cabane à sucre n’est pas recréée en dehors du territoire québécois où pousse l’Érable à sucre, mais à même sa capitale.

Lorsqu’un restaurateur d’ici use de ses « racines » pour définir sa marque de commerce, on vient de franchir une nouvelle étape de l’affirmation identitaire.

Les boutiques de souvenirs de la ville de Québec, vendant des objets avec l’appellation « Canada » d’un côté et « made in China » de l’autre, ont peut-être influencé ce changement.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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