Maria Pages ouvre la saison 2016 de Danse Danse

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Mathile Perallat

Maria Pages, grande figure du flamenco contemporain est à la Place des Arts pour trois jours avec son spectacle Yo, Carmen.

Carmen, figure bien connue de Merimée et Bizet de la fin du 19e siècle est le point de départ de la nouvelle création de Maria Pages. Si elle s’inspire du personnage, elle tente pourtant de défaire le mythe de la fameuse bohémienne et de s’éloigner d’une forme de flamenco traditionnel machiste. Pages veut parler de la femme. Yo, Carmen (Moi, Carmen) parle à toutes les femmes, à la Carmen en elles, mais surtout à tout ce qui les habite et à leur libération.

Sur scène, sept danseuses, sept musiciens et deux chanteuses pour accompagner les dix tableaux, explorent toutes les facettes de la femme telle que la chorégraphe se représente la féminité. Dans une lumière très travaillée qui fait apparaître ou disparaître les musiciens au gré des scènes et entrecoupée de récitations de poésie féministe dans plusieurs langues (Atwoods, Yourcenar), la danse espagnole se déploie. Maria Pages toujours au centre, charismatique, entraine ses danseuses. Mises à part la première et la dernière scènes, nous sommes bien loin du Carmen d’origine et c’est tant mieux. Ce répertoire musical trop entendu fait un peu grincer les dents.

Le flamenco a ceci d’extraordinaire qu’il vient chercher des émotions au plus profond de nos entrailles. Son chant est comme une imploration et sa danse une exaltation. Sorte d’incantation. Les voix des deux chanteuses sont libératrices et la musique porte ses femmes dans une énergie qui élève leur pas saccadés bien en dehors le rôle qui leur a été collé. C’est bien l’intention de la danseuse-chorégraphe que de nous offrir une danse plaidoyer pour la femme.

Maria Pages nous propose un flamenco nouveau, ouvert aux autres cultures, musiques et gestuelles et au travers duquel elle nous parle. Elle cherche à nous raconter une histoire. Mais si le spectacle est très construit il n’en reste pas moins qu’il est quelque peu décousu voire frôle le cliché qu’il s’évertue pourtant à dénoncer. À vouloir trop en dire, ne risque-t-on pas de perdre l’essence du propos et de la danse?

Il n’empêche qu’hier soir la salle comble était comblée, justement. Il vous reste ce soir et demain pour vous faire une idée de ce nouveau flamenco.

Yo, Carmen de la Maria Pages Compania

Du 29 septembre au 1er octobre 2016

À la Place des Arts

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À propos du journaliste

Mathilde Perallat

Mathilde Perallat vient de France, et plus particulièrement de Provence. Avant de s’installer à Montréal, elle a passé plusieurs années dans la capitale culturelle française où elle s’est nourrie de théâtre, de danse et de cirque en forte quantité – autant que de qualité. C’est aussi par sa propre pratique des arts du cirque, en tant que danseuse aérienne, qu’elle est tombée amoureuse des arts de la scène. Formée en sociologie et en gestion, et doctorante à Concordia dans une recherche sur le rôle social que peut porter le cirque, Mathilde s’inspire et nourrit son âme et son esprit de spectacles en tous genres tout en continuant à se forger un esprit critique, cette critique qui fait si bien la réputation de son pays, pour le meilleur et pour le pire. Elle sait néanmoins mettre de l’eau dans son vin (selon les circonstances) et tente de donner des avis qui mesurent regard personnel et mise en perspective, toujours dans une grande ouverture.

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