L’histoire au-delà du noir et blanc, avec All The Way

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Patrick Robert

Revisitant un moment crucial de la présidence de Lyndon Baines Johnson, soit l’adoption du Civil Rights Act de 1964, le téléfilm All The Way de Jay Roach puise dans l’histoire pas si lointaine pour créer un drame captivant, qui illustre très bien la division raciale régnant encore aux États-Unis.

La pochette du coffret

La pochette du coffret

Novembre 1963. Dans les minutes suivant l’assassinat de John F. Kennedy à Dallas, le Vice-président Lyndon Baines Johnson est assermenté, et devient le 36e commandant en chef des États-Unis. Craignant que l’histoire ne le considère comme un simple « président accidentel », il décide de tout mettre en œuvre pour laisser sa marque, en faisant adopter le Civil Rights Act, un projet de loi interdisant la discrimination envers les Afro-Américains, mais à onze mois des élections, le politicien surnommé LBJ devra composer avec la colère de son propre parti, qui craint de perdre le vote des États du Sud, les attaques des républicains, qui l’accusent de miner les fondements mêmes de la démocratie, et les critiques du mouvement civique, qui lui reproche de ne pas aller assez loin.

Reprenant le slogan de sa campagne de 1964, All The Way nous fait revivre un moment charnière de l’histoire des États-Unis à travers les yeux de Lyndon B. Johnson, de son assermentation à la mort de Kennedy jusqu’à son élection en bonne et dûe forme. Le téléfilm dresse un portrait très humain de ce Président aux origines modestes, dénué de prétention au point de garder la porte des toilettes de la Maison-Blanche ouverte quand il allait au petit coin pour continuer à discuter avec ses conseillers. Une large portion de l’intrigue est également consacrée à sa relation, pas toujours évidente, avec Martin Luther King, ainsi qu’à ses liens ambigus avec J. Edgar Hoover, le patron du FBI dont l’obsession pour King ira jusqu’à tenter de le faire chanter avec des enregistrements de ses infidélités.

Surtout connu pour ses comédies (il est derrière les trois Austin Powers, ainsi que Meet the Parents et Meet the Fokkers), Jay Roach démontre un talent indéniable pour le drame. Malgré un scénario plutôt verbeux, il parvient à mettre l’histoire en scène avec beaucoup de brio, de l’ouverture du film sur la voiture éclaboussée de sang du Président Kennedy, en passant par deux discours montés en parallèle, soit celui de LBJ devant des électeurs mécontents de la Louisiane, et celui de Martin Luther King lorsqu’on lui a remis le Nobel de la paix. L’éclairage et les couleurs donnent une texture typique des années 1960 à l’ensemble, et c’était une excellente idée d’insérer de vrais extraits de discours des politiciens de l’époque, ou les véritables images de manifestations du Freedom Summer, à travers le montage.

Méconnaissable derrière ses prothèses faciales et son accent prononcé du Sud, Bryan Cranston (Breaking Bad) est absolument magistral dans la peau de Lyndon B. Johnson, et sa performance fait carrément revivre le défunt politicien sous nos yeux. S’il ne ressemble pas outre mesure à Martin Luther King, Anthony Mackie (le Falcon des films de Marvel) affiche une prestance naturelle qui sied tout à fait à la mythique figure du mouvement des droits civiques. On apprécie beaucoup Stephen Root, qui personnifie un J. Edgar Hoover paranoïaque à souhait, ainsi que Melissa Leo, l’interprète de la première dame du pays, surnommée Lady Bird. Des vétérans de la trempe de Frank Langella, Ray Wise ou Joe Morton complètent la distribution.

En se procurant All The Way, on obtient le téléfilm sur disque Blu-ray, ainsi qu’une copie numérique. Même s’il en contient peu, le matériel supplémentaire qu’on retrouve sur l’édition s’avère très intéressant. Une revuette de deux minutes se consacre entièrement à la transformation de Bryan Cranston en Lyndon B. Johnson, de l’application des prothèses faciales à la coiffure. La seconde revuette, d’une dizaine de minutes, met en vedette plusieurs historiens qui viennent parler des faits réels ayant inspiré le scénario.

Tout en livrant un portrait à hauteur d’homme du président Lyndon B. Johnson, All The Way permet de constater tout le chemin parcouru depuis l’adoption du Civil Rights Act de 1964, dans un téléfilm aussi historique que passionnant.

7,5/10

All The Way

Réalisation : Jay Roach
Scénario : Robert Schenkkan
Avec : Bryan Cranston, Anthony Mackie, Melissa Leo, Bradley Whitford et Stephen Root
Durée : 132 minutes
Format : Blu-ray
Langue : Anglais, français et espagnol

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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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  1. Pingback: Critique All The Way [Blu-ray] - Patrick Robert

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