Snowden: dans les méandres des regrets

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Jim Chartrand

À qui la faute d’avoir transformé l’une des histoires, mais aussi l’un des personnages les plus importants de notre époque, en un long-métrage aussi ridicule et aussi rapidement oubliable que la milliseconde où il atteint la rétine de notre œil? Difficile à expliquer, mais vaut mieux éviter Snowden, qui se fait un vilain plaisir à tourner le majeur en ridicule.

Autrefois la coqueluche des productions indépendantes de renom, Joseph Gordon-Levitt a depuis un bon moment déjà fait le saut vers les mégaproductions et le voici qu’il ruine pour la deuxième fois un documentaire d’importance. Après avoir fait des simagrées avec un faux accent français ridicule en massacrant le très bon Man on Wire dans The Walk, voilà qu’il enlève tout le merveilleux au puissant documentaire Citizenfour en s’associant avec Oliver Stone qui continue très certainement sa descente aux enfers.

S’il n’est pas vraiment mieux que son précédent Savages, disons que cette incursion dans une histoire vraie va davantage dans les plates-bandes du peu excitant World Trade Center, tout en ramenant Nicholas Cage dans un rôle très mineur toutefois, que des films qui ont fait la renommée du cinéaste. De plus, à défaut de s’avérer très souvent ridicule et risible, si l’on peut oublier le fait qu’il enlève toute parcelle d’importance à ce qu’il dépeint, cette interprétation de Snowden, au-delà de la mascarade a aussi le mérite de faire rire très souvent malgré lui.

C’est que dans tout son symbolisme et ses discours patriotiques, en plus de ses dialogues bidon, le film ne sait pas où donner de la tête. Entre les événements les plus importants dans ce que Snowden a apporté sur le débat sur la vie privée et sa propre vie menant à cesdits événements, tout comme de ses tentatives d’une relation amoureuse stable, le film divague et tente tant bien que mal de copier ses contemporains. Ainsi, en voulant être aussi actuel et moderne que son sujet, il va piger autant dans The Social Network, Steve Jobs et même Blackhat (avec ces animations virtuelles ridicules), sans pour autant bénéficier d’un scénario du génie Aaron Sorkin ou le sens de la mise en scène des autres cinéastes, n’en déplaise au montage mimant les films précédents ou les compositions de Craig Armstrong et Adam Peters qui rappellent beaucoup des thèmes de Daniel Pemberton entendus dans le film de Danny Boyle.

Ainsi, Stone n’est pas Fincher et le sentimentalisme l’emporte régulièrement, tout comme l’incapacité de faire sortir quelque chose de sa distribution somme toute impressionnante. Joseph dans son incarnation donne plutôt l’impression de forcer sa voix à la Seth Rogen (son bon ami après tout) en plus de souffrir de la comparaison « du vrai » à la toute fin, éliminant en deux secondes toutes les similitudes qu’on pouvait lui trouver. Zachary Quinto se contente d’être anxieux et de crier pendant que Tom Wilkinson s’amuse avec un accent franchement forcé et que Shailene Woodley se retrouve avec probablement le rôle le plus ingrat de toute sa carrière jusqu’à présent. Et parmi les autres, que dire de Scott Eastwood (mais qui continue de lui donner des rôles?) aussi nul qu’à ses habitudes, n’apportant aucune crédibilité à son rôle et au fait que l’on doit croire qu’une personne paraissant aussi niaise et idiote puisse travailler pour un département aussi secret et corsé du gouvernement.

Bref, face à un sujet aussi fort, important et risqué, Snowden mise davantage sur la sécurité et c’est dommage. Rien n’en ressort et la frustration se montre constamment le bout du nez, surtout compte tenu du fait qu’on ne prend jamais le temps d’approfondir sérieusement quoi que ce soit. Vaut mieux alors, comme on s’en doutait, faire ses propres recherches sur le sujet, alimenter le vrai débat et, surtout, écouter et réécouter l’extraordinaire documentaire Citizenfour qui relate avec un suspense plus vrai que n’importe quelle fiction l’un des moments les plus importants des dernières années.

4/10

Snowden prend l’affiche en salles ce vendredi 16 septembre.

 

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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