The Knick, deuxième saison: le théâtre des opérations

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Patrick Robert

Explorant les origines de la médecine moderne à travers son Knickerbocker, un hôpital fictif du New York de 1901, la suite de The Knick, le drame médical signé Steven Soderbergh, comblera assurément les attentes de ceux et celles ayant apprécié la première saison.

La pochette du coffret

La pochette du coffret

Entamée à la fin de la saison précédente (lire notre critique ici), la cure de désintoxication du chirurgien cocaïnomane John Thackery semble vouloir s’étirer indéfiniment, grâce à un nouveau remède miracle nommé héroïne. Le docteur Algernon Edwards le remplace au Knickerbocker durant son absence, mais refusant de travailler pour un noir, son collègue, l’eugéniste Everett Gallinger, kidnappe Thack et l’emprisonne à bord d’un voilier afin de le sevrer une fois pour toutes. De retour au Knick, le chirurgien en chef décide de trouver un remède à la dépendance, qu’il considère comme une maladie, mais puisque la majorité de ses pairs pensent plutôt qu’il s’agit d’une faiblesse de caractère et que l’hôpital s’apprête à déménager dans un quartier plus cossu pour desservir une population capable de payer ses soins, les recherches de John Thackery se buteront à l’indifférence générale.

Les fans de The Knick ne seront pas déçus par cette seconde saison de la série télévisée. Steven Soderbergh nous replonge dans le New York de 1901, à une époque où les opérations, à la manière d’une pièce de théâtre, se faisaient devant public, et où les chirurgiens, traités comme des vedettes, tentaient sans cesse de repousser les limites de la médecine en expérimentant sur leurs concitoyens. L’émission illustre aussi les excès commis au nom de la science à travers le docteur Henry Cotton, un fou furieux qui arrache les dents des patients atteints de maladie mentale dans l’espoir de les guérir, ou l’engouement d’Everett Gallinger pour l’eugénisme, qui se traduira par sa volonté de stériliser les idiots, les drogués, les juifs ou les noirs, sous prétexte d’améliorer le bagage génétique de l’humanité.

Chose plutôt rare pour une série télévisée, Soderbergh se paye la traite, et réalise lui-même tous les épisodes de la seconde saison. Sa reconstitution de l’Amérique du début du 20e siècle est subtile, et ne donne jamais l’impression d’écouter une série « d’époque », grâce à une réalisation et un montage très modernes. La musique électronique planante qui accompagne l’action crée aussi un contraste intéressant avec les décors et les costumes vieillots. Ce drame médical s’adresse définitivement aux personnes ayant l’estomac solide, puisque les abcès abominables, les ablations de cerveau sur un patient éveillé, les aiguilles dans l’œil et autres opérations à lever le cœur, sont montrés de manière très graphique dans chaque épisode.

Clive Owen livre une performance inoubliable dans la peau de ce chirurgien génial au destin tragique, et si on regrette un peu que son personnage de John Thackery, le plus intéressant de la série, dispose d’un peu moins de temps d’écran dans cette seconde saison, ce choix permet cependant de mettre en valeur les autres excellents comédiens de la distribution, à commencer par l’improbable couple formé de Sœur Harriet (Cara Seymour), une ancienne nonne défroquée, et de Tom Cleary (Chris Sullivan), le bourru et sympathique conducteur de la première ambulance motorisée de la ville. Ensemble, les deux complices se lanceront dans l’éducation sexuelle, en vendant sous le manteau des condoms fabriqués avec des intestins d’agneau. On apprécie également le jeu de Michael Angarano, dont le docteur Bertie Chickering connaîtra plusieurs bouleversements personnels et professionnels, ainsi que celui de Jeremy Bobb (Herman Barrow), le détestable administrateur du Knick qui trouvera le moyen d’inventer mille magouilles pour s’enrichir lors de la construction du nouvel hôpital.

En plus des dix épisodes sur quatre disques Blu-ray et d’une copie dématérialisée, le coffret The Knick: The Complete Second Season contient une dose impressionnante de matériel supplémentaire. Chaque épisode s’accompagne d’un bilan intitulé Post-Op, et trois des épisodes sont commentés par les scénaristes et les comédiens principaux. On compte aussi une série de revuettes portant sur la fabrication des effets spéciaux, la conception des décors et des costumes, ou les coulisses du tournage. Finalement, cinq courts documents traitant des thèmes abordés par l’émission, comme le féminisme, la corruption ou le racisme, ainsi que des vignettes très instructives présentant une série de faits historiques, complètent le programme.

Après la conclusion de cette deuxième saison, on se demande bien comment l’intrigue de The Knick pourra continuer, mais même si elle devait s’arrêter ici, cette série télévisée de Steven Soderbergh vaut amplement le détour, ne serait-ce que pour voir la médecine d’un autre œil.

8/10

The Knick: The Complete Second Season

Réalisation : Steven Soderbergh
Scénario : Jack Amiel, Michael Begler et Steven Katz
Avec : Clive Owen, André Holland, Jeremy Bobb, Juliet Rylance et Eve Hewson
Durée : 640 minutes
Format : Blu-ray (4 disques)
Langue : Anglais, français, espagnol, catalan et allemand

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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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