Criminal, ou comment envier ceux qui crèvent brutalement

0

Jim Chartrand

C’est un foutoir particulièrement pitoyable que représente le Criminal de Ariel Vromen, qui a à peine l’étoffe nécessaire pour être qualifié d’ambitieux. Comme quoi le spectateur se fera berner par l’impressionnante distribution qui s’est probablement fait offrir un film bien plus intéressant que celui qui nous est livré au final.

La pochette du coffret

La pochette du coffret

Ni film de science-fiction, ni film d’action aux scènes spectaculaires, ni polar bien ficelé, ni drame psychologique bien développé, le long-métrage ici présent est plutôt un amalgame de tout cela sans jamais pour autant parvenir à exceller dans l’un ou l’autre des genres auquel il aspire. Ainsi, le scénario semble tout droit s’échapper d’une de ces mauvaises adaptations cinématographiques d’un roman de Philip K. Dick alors qu’on tente de sauver les souvenirs d’un agent de la CIA retrouvé mort en transplantant sa mémoire dans le corps d’un criminel notoire..

Ce dernier est incarné avec énergie par un Kevin Costner à contre-emploi qui s’entiche d’un rôle qu’on avait créé au départ pour Nicolas Cage et, disons que cela se fait sentir alors que Costner a plutôt l’impression d’avoir des troubles de personnalités tellement sa fougue semble plus souvent inconfortable qu’autre chose. On apprécie le voir essayer de jouer les mauvais garçons, mais ce n’est pas toujours convaincant. C’est toutefois mieux que Gary Oldman ou Alice Eve, encore plus accessoires qu’à l’habitude ou même Gal Gadot qui fait oublier toute la force dont elle sait faire preuve dans la peau de l’amazone Wonder Woman. Du côté de Ryan Reynolds et ses quelques secondes de gloire et de torture, difficile de comprendre, outre pour l’ironie, pourquoi il a accepté d’incarner un rôle miroir à ce qu’il interprétait dans le beaucoup plus intéressant et réussi Self/Less. Même Michael Pitt semble se demander ce qu’il fait là.

Pour ce qui est de Tommy Lee Jones, il renoue avec les deux scénaristes du film, Douglas Cook et David Weisberg, qui avaient signé Double Jeopardy il y a plus de quinze ans. Et si cet essai dans les déboires judiciaires se sauvait régulièrement de ses très nombreuses incongruités, on se demande comment le duo peut autant régresser en reprenant finalement du service après autant d’années, surtout lorsqu’on considère qu’ils ont déjà été derrière l’explosif The Rock, considéré encore par beaucoup comme le meilleur (et peut-être le seul) vrai bon film de Michael Bay.

Pour ce qui est du réalisateur, c’est dans la même veine que son précédent The Iceman, qui réussissait également à décevoir et à ne pas captiver en dépit de son excellente distribution. Si seulement sa mise en scène parvenait à ajouter du tonus dans cette course contre la montre qui paraît plutôt longue que ponctuée dans un sentiment d’urgence. Sauf qu’on est beaucoup plus près ici de l’horrible Next, parce que Lee Tamahori n’est pas souvent inspiré, que du brillant Looper, la touche magique de Rian Johnson qui aidait tant.

Rapidement ennuyant une fois qu’on a réalisé qu’il ne reste pas grand-chose à sauver de cette histoire inutilement alambiquée, le long-métrage se plaît dans un chaos qui s’amuse à exposer une violence particulièrement explicite qui, comme tout le reste, ne fait pas nécessairement beaucoup de sens. Les acteurs font du mieux qu’ils peuvent, mais c’est tout juste si Bruce Willis n’était pas là pour quelques secondes, lui qui s’est fait roi dans les dernières années à joindre ce genre de production qui va bien plus loin dans l’alphabet que les simples séries B.

Et si les scènes d’action sont mouvementées, elles sont plus précipitées qu’habiles et trop entrecoupées de moments somnifères pour nous garder captivés. Bref, vous comprendrez que pour deux heures de talent gaspillé, Criminal mérite difficilement l’attention de quiconque. Si au moins on avait offert plus de place à l’humour et à l’absurdité au lieu d’embrasser autant de sérieux alors que l’ensemble n’est qu’un gros naufrage qui coule toujours plus au fur et à mesure qu’il avance.

À noter que l’édition DVD est dénuée de tout supplément.

4/10

Criminal est disponible en DVD et en combo Blu-Ray et DVD depuis le 26 juillet dernier.

Partagez

À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

Répondre