Star Trek: au-delà des ténèbres

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Éloïse Choquette

L’espace, cette frontière ultime. Pour le 50e anniversaire d’une franchise qui a révolutionné le genre de la science-fiction au petit comme au grand écran, le réalisateur Justin Lin (Rapides et dangereux) avait la barre haute, surtout après le succès commercial important, mais à la réception mitigée, de Star Trek vers les ténèbres (Star Trek Into Darkness). Si Star Trek Au-Delà (Star Trek Beyond en version originale anglaise) est loin d’être le film de l’année, il n’en reste pas moins aussi rafraîchissant qu’intelligent, avec un soupçon de cet optimisme pétillant propre à la franchise.

S’il est une chose que Star Trek Au-Delà réussit haut la main, c’est de nous faire oublier les faux pas irritants de Star Trek vers les ténèbres. Cette fois-ci, pas de distribution d’acteurs anglais pour un personnage de nationalité indienne, pas de clins d’œil forcés et manqués à la série originale, pas de destruction massive d’une ville ou de génocide d’une race extraterrestre, pas de dénudement d’un personnage féminin pour aucune raison valable, pas de scène avec qui dépeignent le Capitaine Kirk comme un coureur de jupons invétéré qui se réveille avec une (ou deux) femme nue dans son lit, pas de romance au mauvais moment – en fait, pratiquement aucune romance durant les cent vingt minutes remplies à ras bord d’action que dure le film – et pour le mieux.

En fait, on est très loin du James Tiberius Kirk des deux plus récents films. Finalement, on sent que le capitaine a pris de la maturité, qu’il est en questionnement plus profond sur sa place dans Starfleet, mais pas uniquement en réaction à l’autorité et à l’héritage de son père. Le « bum » et tombeur de ses dames fait place au capitaine, avec un aplomb et un sérieux qui mettent en valeur les charmes naturels d’un Chris Pine au sommet de sa forme.

De leur côté, Zachary Quinto et Karl Urban, qui reprennent leurs rôles respectifs de Monsieur Spock et du Docteur McCoy, développent une belle complicité à l’image des personnages de la série originale, ce que le scénario des deux derniers films n’avait fait qu’effleurer, parfois maladroitement. Tout le personnel du pont du vaisseau spatial Entreprise NCC-1701 est d’ailleurs mis de l’avant, à différents moments du film, délaissant l’accent sur le Capitaine et son Premier Officier pour offrir un récit plus nuancé, plus collectif que les volets précédents.

Mention spéciale aux hommages à Leonard Nimoy, décédé en 2015, et à Anton Yelchin, dont le décès tragique il y a quelques semaines a laissé le monde du cinéma et de Star Trek en émoi. S’il est poignant de voir les images du jeune acteur vibrant d’énergie, sa vivacité et sa candeur nous font sourire et apprécier son talent encore plus.

À cet effet, félicitons l’écriture efficace du scénario de Doug Jung et Simon Pegg, qui gagne en humour et en intelligence de par sa simplicité et sa fidélité à l’esprit vif et coloré qui définit Star Trek. En effet, ici, pas de scénario intriqué et difficile à suivre, qui confond le spectateur et vient flouer les frontières (mais de manière douteuse) entre les héros et ses ennemis. En fait, on déplore que la surcharge d’action nuise davantage qu’elle sert la limpidité de l’histoire, contrairement à Star Trek Vers les ténèbres, dans lequel les effets spéciaux venaient camoufler un scénario bancal et rempli de deus ex machina frustrants. Le film aurait gagné à être épuré graphiquement, au risque de devenir moins décoiffant.

Évidemment, si le film arrive à réparer la plupart des dégâts du précédent opus, il n’en reste pas moins victime de sa popularité, reprenant davantage la formule commune du film à succès bruyant et plein d’action que celle plus posée et plus fine de films comme Star Trek II: La Colère de Khan.

Cela dit, les films et les séries de Star Trek ont toujours été le produit de leurs époques respectives, et ce, depuis leurs prémices en septembre 1966. À cet effet, ce nouveau volet à la franchise ne fait pas exception à la règle : flamboyant, époustouflant, essoufflant, ahurissant, Star Trek Au-Delà nous étourdit d’une manière propre à notre époque d’effets spéciaux exubérants pour nous raconter une des plus vieilles histoires du monde : que l’union fait la force et que le bien triomphera toujours du mal.

On peut questionner si Star Trek Au-Delà va vraiment « au-delà » de quoi que ce soit. C’est une critique récurrente des nouveaux films de Star Trek, après tout : contrairement aux séries originales, les nouvelles déclinaisons de Star Trek ne vont pas, « au mépris du danger, reculer l’impossible ». Il n’en reste pas moins que Star Trek Au-Delà avait son lot de bons coups : l’intégration d’un nouveau personnage féminin, non seulement qui n’est pas sexualisé à outrance, mais qui a du chien, l’allusion au fait que Sulu a fondé une famille avec un partenaire du même sexe, le changement des uniformes, entre autres pour les femmes, qui permet d’identifier leur rang au sein de Starfleet (aussi incroyable que ça puisse paraître, ce n’était pas le cas dans les deux derniers films), l’absence pratiquement généralisée de tension amoureuse ou sexuelle entre des personnages de sexes opposés… Certains, et j’en suis, diront que c’est un petit pas pour Star Trek; néanmoins, c’est très certainement un pas beaucoup plus important (et dans la bonne direction) pour le genre.

Et c’est dans cet esprit que Star Trek Au-Delà va bien au-delà de Star Trek vers les ténèbres, en jetant des bases solides pour une suite incroyable – et c’est déjà beaucoup.

Sans hésiter, un film à voir, et pour les « Trekkies » comme moi, à revoir très certainement (ne serait-ce que pour critiquer davantage…)!

Star Trek Au-Delà prend l’affiche aujourd’hui, le 22 juillet 2016, dans la plupart des cinémas canadiens.

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À propos du journaliste

Éloïse Choquette

Éloïse Choquette fait comme si elle menait une vie bien rangée d’architecte de jour – et devient une personne éclectique de nuit. Que ce soit en étant activement impliquée dans des organismes à but non lucratif, ou encore en faisant des études à temps partiel à Concordia en littérature et études des peuples autochtones, Éloïse aime diversifier ses champs d’intérêts, qui passent du féminisme intersectionel à la littérature, en passant par la science-fiction, les arts de la scène, le cinéma, la mode et le design. Journaliste chez Pieuvre depuis 2011, elle raffole de théâtre, de musique et de danse, qu’elle se plait à disséquer avec un enthousiasme certain. Elle puise la plupart de ses citations et inspirations quotidiennes dans Star Trek et Harry Potter, sujets dont elle peut discourir pendant des heures.

Un commentaire

  1. Avatar

    Belle critique, merci!

    Je dois dire que je trouvais l’autre critique plus proche du travail d’école que du journalisme, en déconstruisant les qualités cinématographiques des plans d’un film que je n’ai pas vu, ce qui serait sûrement très pratique si je faisait une analyse dans le cadre d’un cours de cinéma, mais un peu moins pertinent à savoir si je vais apprécier ce nouveau Star Trek.

    Un travail objectif des qualités d’une œuvre cinématique est toujours intéressant, mais voir un film reste un divertissement pour la plupart, et il est aussi très bien de lire l’appréciation d’un loisir qui ne se veut pas nécessairement une révélation intellectuel et in exercice de pureté dans l’art.

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