Jamais assez – La danse du feu des temps modernes

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Mathilde Perallat

« Je suis dans ce lieu où vous ne devez jamais venir.

Il s’appelle Onkalo. Ça veut dire: la cachette.

Il n’est pas encore fini »

Tout commence dans l’obscurité. Juste assez de lumière pour nous permettre de voir des corps comme des taches noires envahir l’espace blanc du sol. Tel un ballet de cellules en division, en mutation peut-être. La scène est transformée en une sorte de champ magnétique qui contrôle tout ce qui la frôle.

Comme à son habitude, c’est à partir de sujets sociaux et environnementaux que Fabrice Lambert tire les fils de ses créations. Lambert chorégraphie comme il raconterait une histoire. Cette histoire-ci c’est celle d’Onkalo, le site secret d’enfouissement de déchets mis à jour dans le film Into Eternity (2010), de Michael Madsen. Fasciné par le fait qu’on ait pu enterrer sous nos pieds, des déchets dangereux qui nous survivront de centaines de milliers d’années, le chorégraphe dresse des tableaux hypnotiques entre matière mutante, cimetière vivant et dernière danse du feu.

Quel rapport au temps et au sol cela peut-il changer pour nous vivons là ? Éloge à la suspension. Ballet de corps, de formes abstraites, de désirs enfouis, de joies futures. Pour remplir l’espace, le régénérer. Dans un élan de vie, les danseurs offrent un chassé-croisé virevoltant aux couleurs d’un adieu. On y verrait une grande migration des corps inspirée de celle des oiseaux, une reconnexion avec le flux des énergies de océans. Sous nos pieds git une bombe que l’homme a créée. Il faut retrouver la joie originelle, comme une sorte de rite initiatique vers la renaissance.

Mélancolique, mais pas désenchantée, il reste encore un peu d’espoir dans la pièce de Lambert.

Certains passages sont un peu longs parfois, mais on comprend par là une intention chorégraphique de répétition. Les jeux de lumière créés par son partenaire Philippe Gladieux participent à la figuration du récit. La musique aussi, très expressive, y joue aussi un rôle prédominant pour accompagner la pièce. Car c’est un œuvre très narrative. Dramaturgique presque même.

La suite on ne le connaît pas. Il va falloir l’inventer ensemble.

Fabrice Lambert/L’expérience Harmaat

Dans le cadre du FTA

À l’Usine C

Les 3 et 4 juin

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À propos du journaliste

Mathilde Perallat

Mathilde Perallat vient de France, et plus particulièrement de Provence. Avant de s’installer à Montréal, elle a passé plusieurs années dans la capitale culturelle française où elle s’est nourrie de théâtre, de danse et de cirque en forte quantité – autant que de qualité. C’est aussi par sa propre pratique des arts du cirque, en tant que danseuse aérienne, qu’elle est tombée amoureuse des arts de la scène. Formée en sociologie et en gestion, et doctorante à Concordia dans une recherche sur le rôle social que peut porter le cirque, Mathilde s’inspire et nourrit son âme et son esprit de spectacles en tous genres tout en continuant à se forger un esprit critique, cette critique qui fait si bien la réputation de son pays, pour le meilleur et pour le pire. Elle sait néanmoins mettre de l’eau dans son vin (selon les circonstances) et tente de donner des avis qui mesurent regard personnel et mise en perspective, toujours dans une grande ouverture.

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