The Uncanny Valley, voyage électro pour Perturbator

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Hugo Prévost

L’album tombe comme une tonne de briques. Le maître de l’électronique rétro, Perturbator, lançait jeudi son tout nouvel album The Uncanny Valley. Mieux encore, le titre était rendu disponible une journée plus tôt que prévu directement sur YouTube, et ce par nulle autre que Blood Music, la maison de disques de l’artiste. 

Le milieu de la musique électronique rétro est un petit domaine, certes, mais également un domaine en effervescence. Et si, ironiquement, c’est plutôt le petit cousin de la musique 8-bit qui a pris du galon au fur et à mesure que les jeux vidéo gagnaient en influence dans la culture populaire, l’électro rétro s’est peu à peu faufilée dans le paysage culturel, et est désormais solidement implantée.

La bande sonore de Drive et la pièce maîtresse Night Call de Kavinsky n’étaient certainement pas les premières à tenter de lier cette branche musicale à une oeuvre plus grand public, mais le film lui-même a contribué à renforcer les codes visuels associés au genre. Les voitures, les couleurs néon, les synthétiseurs, les perspectives urbaines à mi-chemin entre les années 1980 et les horizons dystopiques… tous des éléments déjà employés par Kavinsky lui-même pour mousser son « personnage » (tiens, tiens!) et repris dans cet excellent drame d’atmosphère où Ryan Gosling tient le rôle principal.

Outre le cinéma, l’électro rétro s’est aussi taillé une place enviable dans l’industrie du jeu vidéo. Il n’y a qu’à penser aux deux Hotline Miami, entre autres, où la bande sonore composée de pièces à saveur électronique colle parfaitement aux explosions colorées du jeu lui-même. Le deuxième opus de la série a d’ailleurs largement contribué à la popularité croissante d’artistes tels que Carpenter Brut et Perturbator, dont les thèmes présents au coeur de leurs chansons reprennent des idées très populaires dans la science-fiction des années 1980. Le mouvement cyberpunk, les androïdes, la ville perpétuellement plongée dans la nuit, les femmes fatales mortellement dangereuses, la religion comme symbole pervertit du salut impossible des âmes… Tout se télescope, s’entrechoque, s’entremêle sur fond de musique électronique.

Il n’est ainsi pas étonnant que Perturbator (de son vrai nom James Kent), un artiste rattaché à la mouvance de l’électronique français comme Daft Punk avant lui, ou comme ses contemporains Kavinsky ou Carpenter Brut, orne ses pochettes de dessins de femmes aux seins nus, sur fond néon, symboles ultimes de la tentation et de la perdition de l’Homme. Car il y a quelque chose de pratiquement mystique dans cette musique, dans ce flirt avec la perte et la chute des âmes. Pas étonnant, non plus, que l’une des pièces de l’album The Uncanny Valley se nomme carrément Femme Fatale. On a aussi droit, en tout début d’album, à un brusque coup d’accélérateur avec Neo Tokyo, avec sans doute un gros clin d’oeil au manga Akira.

Que retirer de cette vallée de l’étrange? Que la musique électro qui cogne dur a la cote, certes, mais aussi que Perturbator ne s’endort pas sur ses lauriers après le succès de Dangerous Days, sorti en 2014. Et que, surtout, l’électronique ne se limite aucunement à ce qui fait danser les foules dans les clubs, ou au retour en arrière prôné sur le dernier album de Daft Punk. L’électro rétro atmosphérique a certainement sa place dans le paysage musical, que ce soit comme accompagnement d’un film ou d’un jeu, ou simplement comme musique d’ambiance. Et parmi la poignée d’artistes qui contribuent à garder vivant le rêve de cet univers outrun, de cette dystopie passéiste rassemblant voitures, couleurs fluo, femmes dangereuses et robots tueurs, Perturbator occupe une place de choix.

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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