Célébrer l’irréductible patrie basque

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René-Maxime Parent

Le nouveau parti espagnol Podemos a annoncé qu’il allait célébrer le jour de la patrie basque, l’Aberri Eguna en défendant une consultation sur l’indépendance nationale, comme on l’a fait en Écosse ou au Canada, en vue des prochaines élections des autonomies basques à l’automne, rapportait EL PAIS le 24 mars. Pourquoi ne pas s’initier à cette culture intrigante en célébrant cette fête le 10 avril à Euskaldunak, l’association des Basques du Québec?

Catalogne versus Québec, on connaît la comparaison quand vient le temps de discuter d’indépendance nationale. Avec le Pays basque, ça se corse. N’empêche que le rapprochement entre le peuple québécois peu nombreux sur un grand territoire et le peuple basque qui persiste à travers les siècles donne lieu à des échanges captivants sur la définition identitaire.

Accueilli par la vice-présidente d’Euskaldunak, Amande Anin m’explique d’emblée que les associations en dehors du Pays basque tentent d’éviter de discuter de politique misant davantage sur le rayonnement de la culture. Il y aurait plus de 170 organisations à travers le monde réparti dans 24 pays d’après la North American Basque Organizations.

L’éloignement de la diaspora fait en sorte qu’ils sont moins au courant de l’actualité de leur terre d’origine. Lorsque je leur parlais de référendum, ils me parlaient de la Catalogne. L’adhésion le 18 mars du Navarre à l’Eurorégion Euskadi / Aquitaine après que se soient rajoutées le Limousin et Poitou-Charentes – une zone de neuf millions d’habitants qui englobe le Pays basque en entier – ne leur importait peu.

Pourtant, l’Eurorégion soutient le projet Transfermuga de faciliter le transport entre les villes de Bayonne et de San Sebastián situées de chaque côté de la frontière France/Espagne. On ne parle pas des parties françaises et espagnoles, m’a corrigé Amande Anin. Il s’agit du nord et du sud. « Il y a les Pyrénées. Qu’on soit d’un côté ou de l’autre de la montagne, il n’y a pas de différence », schématise un ancien.

Jour de la patrie

« On nous l’a interdit, alors quand on nous a interdit quelque chose pendant tellement longtemps… », me répond un membre de la communauté dont les grands signes de la main trahissaient la retenue, après lui avoir demandé quelle était la signification de cette fête.

Cet homme appartiendrait à la génération absente de l’association, d’après ce que m’a dit une dame âgée qui m’indique que ’on les anciens de 70-80 ans et les jeunes dans la vingt-trentaine sont présents. « Vous, vous avez la Saint-Jean-Baptiste, et nous, nous avons l’Aberri Eguna, c’est notre fête nationale », a-t-elle affirmé.

Son mari qui porte le béret noir m’explique que même les Basques ont de la misère à lire son nom, il s’appelle : Ernest Behaxeteguy. « Une folie ! Je voyais tous les joueurs de Jai alai quitter le pays », me répond-il lorsque je lui demande pourquoi il a émigré. À l’époque, il y avait de nombreux championnats de pelote basque, un jeu de balle au mur qui est l’ancêtre du squash.

À ses côtés, Inaki Loinaz a émigré la même année en 1968. Sous le régime du dictateur espagnol Francisco Franco « être Basque c’était pire qu’être socialiste », M. Loinaz craignait que ce climat de haine conduise à une situation similaire à celle des Balkans.

« C’est une petite association, ici à Montréal. Moi, ma famille est en Californie. Il y a beaucoup plus de Basques là-bas », me confie le président fier de voir que les jeunes reprennent l’association qu’il a fondée avec quelques anciens.

Relève

À l’instar du catalan pour la Catalogne, la langue basque a été maintes fois interdite tout au long de l’histoire. Alors, de la parler est une fierté, mais sa maîtrise n’est pas garante de l’appartenance à l’identité basque.

« J’étudie l’acquisition de l’espagnol dans la région d’où vient Amande, le Labourd en France », me confie dans un québécois impeccable un étudiant à la première année au doctorat en études hispaniques, Hugues Lacroix. Conformément à sa formation en linguistique, il m’explique que le basque est une langue pré-indo-européenne, c’est-à-dire antérieure aux langues provenant de l’Europe.

Même si on ignore toujours l’origine de cette langue atypique, qui peut tout aussi bien provenir de l’Afrique du Nord que de l’Asie, l’association offre deux cours de langue basque. Une jeune retraitée me confie qu’elle suit les cours sans être Basque. Son but est de s’installer à San Sebastián au bord de la mer. Elle recherche la convivialité de ce peuple.

Les Basques prennent toujours pour l’équipe de Barcelone au soccer, et si le Barça ne joue pas, l’important est que Madrid perde la partie. Sur leur drapeau, la croix blanche est pour la religion catholique, le « X » vert représente la tradition et les coutumes et le fond rouge symbolise le peuple.

Le drapeau servait à provoquer les autorités espagnoles dans les années 1950. On le tendait entre deux pylônes électriques au-dessus d’une vallée ou on l’attachait en haut d’un mat tout en prenant soin de le graisser en redescendant afin d’empêcher qu’on puisse remonter pour le décrocher.

« On aime ça aussi faire compliqué », me dit un membre lors d’un échange au sujet de la complexité de la question basque, autour du bar. J’ai eu droit à un verre d’alcool maison typique, à la différence que les bleuets du Lac-Saint-Jean d’ici ont pris la place des prunelles de là-bas.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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