Batman V Superman – Dawn of Justice: la déconstruction des mythes

0

Jim Chartrand

Deux fils à papa mégalomanes, mais dépressifs, cachant tous deux une identité secrète, décident de se livrer une guerre sans merci dans un jeu de chat et de souris contrôlé sournoisement par un millionnaire psychotique. Dans tout autre film ce serait le synopsis d’un sérieux cas de démence, mais ici, c’est la prémisse d’un nouvel univers interminable de superhéros en guise d’histoire, si l’on ose accepter qu’il y en a bien une…

Face à l’usine fortement bien huilée et impossible à arrêter de Marvel désormais rendu grand public grâce à son acquisition par Disney, disons que DC a énormément de chemin à rattraper, ayant néanmoins conquis les petits publics de par ses détours télévisuels. Toutefois, à se fier à ce premier pion d’un grand échiquier particulièrement coûteux, disons qu’ils ont encore beaucoup de chemin à faire pour qu’on ait envie de les prendre au sérieux tellement ce qu’ils nous déboulent sur grand écran fait montre avec un panache honteux d’autant de paresse que de ridicule.

On dit que toutes les péripéties en lien avec les Avengers auraient détruit Joss Whedon. Il se pourrait bien que DC fasse de même avec Zack Snyder puisque celui qui fut jadis visionnaire n’a jamais réussi à se surpasser après son adaptation exceptionnelle de Watchmen issue d’une bande dessinée de la même source papier. En comparaison, son approche face à l’homme d’acier manque de risques et de surprises et se contente d’une armada d’effets spéciaux aussi inutiles que peu impressionnants, priorisant l’action interminable au lieu d’un scénario travaillé. En ajoutant le chevalier noir à ses caprices, il ne fait que s’enfoncer davantage dans l’incompréhension, ne parvenant en aucun cas à poursuivre le travail de Christopher Nolan (d’ailleurs producteur ici, comme de Man of Steel, où il avait collaboré à l’histoire) qui avait quand même trouvé le moyen de saboter sa propre entreprise dans le dernier tournant de sa trilogie.

Dès le départ, on priorise la confusion. Pour une énième fois, on doit tuer les parents de Bruce Wayne et remettre le personnage en contexte comme on a, encore, changé d’acteur. À ce titre, n’en déplaise aux mauvaises langues, Ben Affleck joue avec surprise une version particulièrement intéressante et vieillissante du personnage, créant un duo aussi savoureux qu’on pourrait s’attendre avec Jeremy Irons dans le rôle tant aimé d’Alfred. Du moins, ça fonctionne définitivement mieux que Henry Cavill qui ne sait pas trop où donner de la tête avec ses proches ou comment froncer les sourcils pour montrer qu’il est fâché, pendant que Amy Adams court à gauche et à droite en vain. C’est toutefois mieux que Jesse Eisenberg qui aura rarement été aussi insupportable en surjouant à l’usure son Lex Luthor qui se donner des airs de Joker par moment.

Mais les performances sont loin d’être le problème majeur, puisqu’on a tellement bourré l’histoire qu’on ne sait plus où donner de la tête… et on ne parle même pas des spectateurs. On parle plutôt des scénaristes qui coupent les coins ronds et laisse tant de questions dans les airs. Quels sont les motifs? Que se passe-t-il? Pourquoi tout le monde fait ce qu’il fait? Est-il obligatoire d’être bien investi dans la mythologie DC pour bien comprendre le film puisque ce dernier ne fait pas l’effort de nous mettre en contexte (rendu là, n’impliquez pas Wonder Woman si c’est pour la rendre aussi accessoire). Certes, les dialogues sont limités et quand il y en a c’est pour nous surligner à gros traits ce qui se déroule sous nos yeux, mais c’est rarement pour nous mener à comprendre quoi que ce soit. Parlez-en à ces diverses scènes de rêves et d’hallucinations par moment emboîtés dans la même séquence!

Au contraire, on fait ici face à un sacré foutoir où se multiplient des scènes qui, on suppose, ont un certain lien ensemble, pour mener autant à ce que tout le monde attend (les fameuses confrontations, les fameux liens avec les films à venir) et ce qu’on peut sous-entendre (cette finale forcée qui se la joue Inception dans son dernier plan). Pourtant, la mise en scène ne casse rien. Il y a des ralentis, des scènes nocturnes en grande quantité, des ruptures de ton abrupte, un sérieux envahissant qui ne laisse aucune place à l’humour et plein de moments laissés en suspens qui déconcertent plutôt qu’ils se forcent à nous satisfaire.

Bien sûr, il y avait quelque chose d’intéressant à bâtir dans cette perspective des victimes du grand combat final du film précédent, mais, comme tout le reste, on le développe si peu qu’on se contente de simplifier au maximum les haines concrètes, mais sans raison de tous les personnages. Cette obsession aux limites démentielles qui pousse tout un chacun à ne vivre que pour détruire l’un l’autre n’a ni queue ni tête et on ne comprendra jamais vraiment les motifs nous ayant placés dans une telle position. Encore moins pourquoi Lex Luthor sait tout ce qu’il sait, pourquoi il a tout orchestré ce plan qui semble être en branle depuis des lustres et ce qu’il veut dans la vie de toute façon.

Batman V Superman: Dawn of Justice est donc sans conteste le fantasme ultime de tout petit garçon enfoui en chacun de nous. Oui, il offre ce qu’on pourrait penser vouloir, mais ce, avec toute la maladresse d’un scénario d’enfants qui jouent avec leurs figurines en plastique. Après tout, le combat tant attendu, comme toutes les autres scènes du même acabit d’ailleurs, sont d’une telle paresse en termes de chorégraphie qu’on ne peut qu’imaginer toute l’équipe tenter du mieux qu’ils peuvent de mettre en images leurs plus beaux désirs de jeunesse. Le résultat est néanmoins là comme il nous a été livré, aussi raté, décevant et implosif que toutes les craintes qu’on aurait pu se construire. Comme un gros pétard mouillé de 250 millions de dollar qui se contente de détruire tous nos plus beaux souvenirs de jeunesse qu’on attend à voir se matérialiser depuis des décennies sur grand écran. Tout cela pour cela qu’on a l’habitude se demander? C’est encore le cas ici on suppose.

4/10

Batman V Superman: Dawn of Justice prend l’affiche en salles ce vendredi 25 mars. À noter que plusieurs représentations spéciales ont lieu ce jeudi 24 mars au soir et la version IMAX contient une scène dans le format indiqué.

Partagez

À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

Répondre