A Perfect Day: garder le sourire malgré la pluie

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Jim Chartrand

Paraît-il qu’A Perfect Day a bénéficié d’une ovation de plusieurs longues minutes lors de sa présentation à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes. Pas mal pour un petit film modeste qui a comme mandat de divertir avec des sujets d’une importance assez majeure.

Il est fort probable que le nom de Fernando León de Aranoa ne vous dise rien et c’est un peu normal puisque malgré ses nombreuses distinctions pour son travail en Espagne principalement, il n’a encore rien fait qui ait pu significativement traverser les frontières et les océans. En allant chercher des noms importants pour son plus récent film, lui permettant une séduisante distribution internationale, il s’offre enfin la chance de captiver davantage l’attention et, tant mieux, puisque l’objet en soi est tout sauf inintéressant. Le long-métrage a après tout remporté le prix du meilleur scénario adapté aux prestigieux prix Goya, l’équivalent des Oscars espagnols.

Au-delà des histoires de ménage, A Perfect Day est d’abord et avant tout un vingt-quatre heures concis dans la vie d’un groupe de travailleurs humanitaires dans une zone post-guerre, plus précisément suivant les guerres de Yougoslavie. Bien que rien ne soit résolu, la Guerre en soit est terminée, mais la réalité y est bien autre ce qui ne facilite pas la tâche à tout le monde, ce que nos personnages apprennent à leurs dépens lorsqu’ils ont comme seul désir de sortir le cadavre d’un puits qui contamine la seule source d’eau à des kilomètres à la ronde.

Certes, on a ici les représentants de la meilleure sitcom imaginable: le vétéran sérieux et celui qui aime faire rire, la jeune recrue, l’ancienne flamme qui vient noircir le portrait, le petit enfant et l’interprète! C’est conventionnel et pourtant, si la tension est bien au rendez-vous, on y retrouve une approche beaucoup plus amusante que l’éprouvant Sicario de Denis Villeneuve. Benicio Del Toro donne par ailleurs l’impression par moment de retrouver des tics qu’il aurait échappés au passage dans l’une ou l’autre des deux œuvres, avec néanmoins le même sang-froid étrangement rassembleur et apaisant.

Cette décision de prioriser l’humour dans la majorité des moments pourra surprendre aux premiers abords, mais deviendra rapidement une ambiance qui fera du bien et qui permettra de mieux avaler la dureté de ce qui se passe sous nos yeux. Le film est de toute façon beaucoup moins efficace quand il essaie de nous attendrir ou de chercher des larmes, maladresse qui se produit ici et là.

Ce qui est bien toutefois, c’est qu’en nous plaçant derrière les lignes risquées de nos travailleurs, le spectateur se retrouve dans la même situation d’errance sans pour autant avoir l’impression de frôler les problèmes sans jamais les développer. On préfère se concentrer sur le conflit d’origine et y enchaîner les obstacles en tissant subtilement la résolution au fur et à mesure que celle-ci semble de plus en plus impossible. Certes, le film donne par moment l’impression qu’il n’y a pas grand-chose à faire à part laisser les choses aller (n’est-ce pas l’ironique message de sa conclusion après tout?), mais on se retrouve dans une position d’observation qui nous implique la plupart du temps. La diversité des plans, par moment un peu bizarrement enchaînés, aide aussi à nous inclure le plus possible dans ce qui se produit.

Si les fonctions des personnages de Mélanie Thierry et de Olga Kurylenko les empêchent d’élever les capacités limitées de leurs aptitudes de jeu, on peut au moins compter sur l’essentielle présence de Tim Robbins, irrésistible en bouffon de service qui vient faire briller les dialogues qui fondent régulièrement dans la bouche. Sans conteste l’une des forces du film avec ses choix musicaux judicieux qui savent donner un rythme inattendu à l’ensemble.

Enfin, il y a peut-être des longueurs à quelques reprises, le long-métrage se permettant des escales qui penchent souvent un peu trop sur la dramatique face à un film qui préfère définitivement son côté comédie, mais on en retient néanmoins un souvenir positif et une approche qui se veut tout sauf misérabiliste sur un métier et une réalité qui habituellement déprime et fait pleurer. Disons que c’est déjà cela de gagner.

6/10

A Perfect Day prend l’affiche en salles ce vendredi 26 février.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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