Zoolander 2: à en perdre (littéralement) la face

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Jim Chartrand

Attendue avec impatience durant la décennie et demie qui a su faire grandir son culte, il est impossible de ne pas cacher sa déception face au produit qui nous est ici livré, alors que la suite de Zoolander nous montre une farandole d’opportunités manquées.

Le long-métrage ne manque certainement pas d’ambitions et l’équipe qui l’entoure a tout le talent du monde en plus d’une liste de participations spéciales qui ferait pâlir d’envie n’importe qui. Pourtant, le résultat est si paresseux, si simple et tellement peu impressionnant, tout le contraire du premier volet qui surprenait constamment de par ses frontières d’absurdité constamment dépassées, qu’on veut sans conteste s’indigner.

Au niveau du scénario, on profite de la longue attente pour concevoir quelque chose qu’on veut faire tenir et on y conçoit un intense saut dans le temps de 10 ans. Ensuite, tout dégringole puisqu’on essaie de tout emboîter et de multiplier les références et les cameos. Le seul hic, c’est que rien ne se tient, rien n’est justifiable et on est certainement très loin d’être un tantinet avant-gardiste.

De plus, alors que plus des deux tiers des plus grandes surprises du film se révèlent sans scrupules dans la bande-annonce, la dernière moitié, complètement inattendue, évoque Hot Fuzz sans la part de plaisir de ce dernier. C’est que la critique de la mode est devenue un prétexte et non pas un mandat et on préfère y faire des blagues trop simplistes, aux limites sexistes et homophobes, transformant le tout comme une caricature du film d’espionnage, mais sans aucun aplomb, rappelant Kingsman, mais sans la fraîcheur.

Pire, on sent les nombreuses réécritures du scénario qui amplifie la confusion. Comme quoi si Justin Theroux et Ben Stiller avaient fait des merveilles avec l’hilarant Tropic Thunder et qu’on doit beaucoup à Nicholas Stoller habituellement, on ne comprend pas trop ce qui passe dans ce grand fouillis. Certes, le nombre de bons flashs est grand et on a constamment envie de sourire, mais c’est constamment accompagné d’une amertume encore plus grande: celle d’avoir l’assurance de toujours passer à côté de quelque chose de plus consistant et qui vaut certainement mieux que cela. Après tout, le ton est sans cesse celui de la parodie alors que le film ne semble jamais rien parodier et que malgré son certain rythme assuré et notre désir de voir si le tout va se concrétiser positivement, il ne se contente que de se diriger avec assurance vers sa propre chute (n’est-ce pas la véritable signification de sa fin, destinée à se lancer carrément dans la lave pour être certain d’y perdre la face?).

Certes, la réalisation de Stiller est énergique et l’interprétation de son personnage culte est toujours aussi savoureuse, mais il y met ici trop d’importance, empêchant les autres de judicieusement briller, alors que Penélope Cruz en fait des tonnes, que Will Ferrell est drôle par-ci par-là, faute au matériel, et que la brillante Kristen Wiig est cruellement sous-utilisée. Pour le reste, le film permet à une quantité industrielle de vedettes pratiquement oubliées de revenir à l’avant-plan, pendant que les costumes démentiels de Leesa Evans volent souvent la vedette. Pour le reste, triste à dire, mais l’engageant générique final est de loin plus amusant et notable que tout le film réuni.

Ne nous méprenons pas, on salue le courage d’offrir quelque chose d’aussi éclaté et d’une certaine façon original dans son désir de repousser ses propres limites, mais sans avoir le brio d’un 22 Jump Street par exemple, Zoolander 2 s’écrase à plat ventre en abordant ses possibilités comme d’une liste à cocher maladroite qui ne peut se permettre que de nous laisser ici et là des petits sourires qu’on a souvent envie de prendre pour de la pitié.

Néanmoins, avec le talent qu’on leur connait, on reste confiant que Ben Stiller et sa bande trouveront le moyen de se relever avec panache et de nous revenir avec quelque chose qui soit véritablement représentatif de leurs capacités au lieu de ternir de vieux souvenirs, tout le contraire du mésestimé Anchorman 2 qui fourmillait de nouveaux moments cultes.

5/10

Zoolander 2 prend l’affiche en salles ce vendredi 12 février.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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