Bienvenue à F.L.: faux espoirs

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Jim Chartrand

D’une certaine façon, les films sur l’école secondaire continuent de nous intéresser puisque peu importe les années qui nous en sépare, on a encore bien ancré en mémoire les souvenirs qui y sont reliés. Il est d’ailleurs fascinant de découvrir à quel point peu importe le temps file, ce qui en émane a toujours quelque chose de familier: l’incertitude. Le documentaire Bienvenue à F.L.ne fait pas exception et continue d’en capturer l’essence de l’adolescence.

Présenté en première mondiale à Toronto, récipiendaire du prix Meilleur espoir Québec / Canada aux RIDM et tout juste nominé à deux reprises aux Prix Écrans canadiens, Bienvenue à F.L. jouit d’une belle carrière et c’est tant mieux puisqu’il permet de remettre l’importance sur ce qu’on délaisse trop souvent: les adolescents. Ils ont beau être le reflet de notre propre passé et le miroir de ce qui nous attend, on ne prend pas assez au sérieux ces têtes pensantes en pleine croissance et le documentaire de Geneviève Dulude-De Celles a envie de nous le rappeler.

F.L., c’est le petit surnom à l’école secondaire Fernand-Lefebvre à Sorel-Tracy et le documentaire qu’on y a consacré s’intéresse à ses finissants lors de leur dernière année, à mi-chemin entre leurs incertitudes, leurs réflexions prononcées et leurs désirs de grandeur. On y relate un projet global qui veut donner vie aux élèves pour leur donner un dernier sentiment d’appartenance et de solidarité, pour leur offrir une dernière chance d’appréciation avant d’emprunter plus sérieusement le chemin menant au monde adulte.

Entre observation et témoignages, le film ratisse large et se plaît à départager les différents types d’élèves et à démystifier les préjugés et les divers groupes qui composent les étudiants. Il compare d’ailleurs régulièrement ses propres « personnages » à ceux que l’on retrouve dans les films, alors qu’on entend souvent que ce qu’on trouve trop « invraisemblable » dans les films ne l’est peut-être pas tant que ça. Il y a par ailleurs cette séquence magnifique qui superpose les activités reliées aux albums de finissants des différents types de sportifs, masculin ou féminins, qui y montre les revers d’une superficialité qui cache d’autres souffrances. Comme quoi l’appartenance est une question à laquelle il n’y a que trop peu souvent des réponses appropriées.

Et c’est peut-être là que le film, d’une durée assez courte, relevé par la force de son excellent montage et de sa très belle trame sonore, chapeau respectivement à Emmanuelle Lane et Peter Venne, se perd un peu puisque justement, il élève des questionnements sans pour autant y faire suite. Ce n’est pas la première fois qu’on fait affaire à ce genre de procédé, mais alors qu’au-delà des laissés pour contre, des musiciens, un apprenti cinéaste et par moment certains étudiants qu’on suit dans leur quotidien chez eux, on finit par oublier le message central du documentaire. Oui, on comprend les métaphores reliées à la liberté et à la fuite, l’élément « région » aidant beaucoup à la cause, de quoi rappeler le récent La marche à suivre de Jean-François Caissy avec son observation discrète, par moment voyeuriste et cette façon de s’évader dans la nature. Toutefois, à l’inverse du film de Caissy, le film de Dulude-Decelles a envie de crier plus fort sans nécessairement savoir comment s’y prendre.

Bien sûr, le message est plus subtil et nuancé que dans Aurélie Laflamme par exemple, la romance n’ayant pas sa place, mais si les témoignages retenus ont souvent cet humour qui teintait le brillant À l’ouest de Pluton, les intervenants ont par moment une assurance qui agace. Leurs réflexions prennent des airs d’affirmations et on est loin d’acquiescer dans les mêmes directions. De plus, en ciblant quelques têtes plus importantes et en s’immisçant dans leur quotidien, on perd un peu l’accent sur ce qui solidifie le lien si fort entre les jeunes et le bâtiment de brique dans lequel ils ont passé autant de temps, entre mélancolie et dégoût.

Comme quoi, à la fin, on ressentira un malaise semblable à celui livré dans la conclusion de Entre les murs de Laurent Cantet, à défaut par contre de ne pas avoir ici vraiment pénétré le cœur de ce qui s’y trouve à l’intérieur. Car lorsque le bal se pointera, on n’aura pas réellement le sentiment d’avoir véritablement passé une année complète à prendre le pouls de toutes les excitations, les fébrilités et les événements qui ont pu se dérouler, le film ayant ratissé trop large trop vite. Ne nous laissant en tête que cette scène perturbante de toutes ces photos qu’on fait disparaître par la force de grands jets d’eau. Ce sentiment d’abandon semble alors refléter la façon dont on traite ces adolescents : tel des numéros, on les efface et on les jette dans la gueule du lion, pas de temps pour s’assurer leur réussite, les murs ont déjà d’autres visages à y former et… à oublier.

Bienvenue à F.L. sera donc un drôle de sentiment d’amertume, comme d’un produit qui aurait mérité à être mieux approfondi tellement ses sujets crient le besoin d’être développé. En reste alors un documentaire qui frappe ici et là, mais qui s’interroge par moment plus sur lui-même que nécessairement sur ses sujets.

6/10

Bienvenue à F.L. prend l’affiche en salles ce vendredi 22 janvier

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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