The 5th Wave: vague de rires

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Jim Chartrand

L’adaptation cinématographique de la série de romans The 5th Wave est passée à quelques degrés d’être la plus belle réponse à tous ces films d’ados post-apocalyptique qui nous envahissent depuis plusieurs années déjà tellement tous les clichés semblent s’être décidés à s’y retrouver. La différence par contre c’est que le tout se prend diablement trop au sérieux lui enlevant rapidement toute crédibilité et, du coup, tout intérêt.

Déjà dans le synopsis, tout se combine. Des films catastrophes aux invasions extra-terrestres, en passant par la résistance, les familles décimées et l’espoir vu chez les enfants, tout y passe. Par la suite, toutefois, c’est encore pire puisqu’on divise les camps, on caramélise les intrigues, on infantilise le tout, on surexplique les revirements et on ose même tisser un impitoyable triangle amoureux si maladroit qu’il est encore moins crédible que ce queTwilight et The Hunger Games avaient su nous livrer auparavant.

On doit alors attaquer cruellement le scénario qui ne sait décidément pas quoi faire de l’histoire, s’empiétant de façon ridicule des divers avancements sans se donner la peine de leur donner une fluidité qui se tienne. Que reste-t-il de la source? Difficile d’en dire, mais on espère franchement que le sens y soit beaucoup plus cohérent et fortement moins risible.

Quel dommage alors de voir tout ce que le talent de J Blakeson promettait jadis partir en fumée. Puisqu’il y a environ sept ans, le cinéaste en mettait plein les yeux dans son splendide huis clos à trois personnages qu’était The Disappearance of Alice Creed, dont il signait par contre également le scénario. Avec peu de moyens, il nous gardait rivés à notre siège grâce à des acteurs au sommet de leur art, une mise en scène méticuleuse et des revirements des plus surprenants.

Ici, le manque de moyen prend des airs d’un manque de budget apparent alors qu’on a l’impression qu’on a conçu le film avec des cacahuètes. Avec un visuel qui bat fermement les vues d’ensemble deDivergent/Insurgent et tous les films de The Hunger Games, on a droit à la conception artistique la plus fade depuis longtemps (n’en déplaise aux forêts, le film est d’une grande laideur ne possédant aucun regard artistique concret), en plus de posséder les effets spéciaux les plus affreux depuis belle lurette. Même le grand lot d’explosions préprogrammées peine à nous jeter ne serait-ce que quelques étincelles à nos yeux.

Il devient alors très difficile de ressentir de l’empathie dans ce récit qui nous raconte comment les vilains extraterrestres tentent subtilement de s’emparer de notre précieuse Terre par le biais de différents types de « vague » (représentés de façons toutes plus ridicules les unes des autres), alors qu’on doit essayer de suivre l’inconfortable Cassie Sullivan qui est interprété par la charismatique Chloë Grace Moretz qui n’a jamais semblé aussi peu à l’aise devant la caméra (il faut le faire!), surtout quand sa plus grande obsession apparaît sous les traits d’un ours en peluche ridicule qu’on souligne à coups d’interminables gros plans.

À ses côtés, si Ron Livingston et Maggie Siff ne font pas long feu, Liev Schreiber croit difficilement à ses longs discours et monologues alors que Nick Robinson nous fait à nouveau oublier pourquoi on s’était intéressé à lui dans le brillant The Kings of Summer après avoir joué l’ado creepy et nonchalant dans le décevant Jurassic World. Ce n’est toutefois rien à côté de Alex Roe, probablement l’interprète stoïque le moins charismatique depuis bien longtemps.

Que reste-t-il à sauver de ce film qui ne semble jamais aboutir puisqu’il ne semble jamais vraiment démarrer? Si on était poussé à crier rapidement: pas grand-chose, il faut néanmoins faire ressortir le côté « plaisir coupable » de la chose. Puisqu’avec étonnement, après un certain niveau de souffrance passé, après avoir essayé du mieux qu’on le pût à trouver un sens ou un intérêt à tout cela, notre cerveau finit par abandonner l’entreprise nous poussant dans un marathon pratiquement sans fin de fous rires. Le scénario devient si gros et appuyé (« Quoi! Ben non, on n’aurait JAMAIS deviné ce punch que vous nous répétez au moins cinq fois pour être sûr qu’on l’ait bien compris! ») et les situations tellement ridicules qu’on a soudainement à faire à l’un des films les plus involontairement amusants depuis un petit bout.

Il serait toutefois insensé de recommander le long-métrage seulement pour cet aspect, puisqu’on a ici l’exemple parfait d’une série qui commence définitivement très mal. S’il est pratiquement impossible de concevoir qu’on puisse sauver le naufrage (on peut toujours être surpris néanmoins), on déconseillera vivement cette œuvre bâclée qui joue sérieusement sur notre patience et nos nerfs. Peut-être qu’avec désormais cette absence d’attentes vous trouverez ainsi ne serait-ce qu’une infime possibilité d’être un tant soit peu diverti.

3/10

The 5th Wave prend l’affiche en salles ce vendredi 22 janvier.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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