Ville-Marie: tu pleures pour rien

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Marécages, le premier long-métrage de Guy Édoin, était une pure splendeur et, avouons-le en toutes choses, il était peut-être un peu déloyal d’en espérer autant du second. L’ambition étant ce qu’elle est, face à des moyens démultipliés, disons qu’avec Ville-Marie le cinéaste se fait un peu prendre à son jeu.

Le nouveau film du jeune réalisateur a des allures de fantasme. Un peu comme si on laissait se succéder des désirs qu’on souhaitait mettre au grand écran, sans toutefois vraiment savoir comment les maîtriser. Et c’est peut-être là que tout se gâte alors que d’une certaine façon, Ville-Marie exhibe tous les défauts ou presque que Marécages arrivait brillamment à éviter.

Précipitée, peu subtile dans ses significations et ouvertement trop mélodramatique, cette incursion dans la bruyante et chaotique ville est une lettre d’amour camouflée à la campagne, le retour à la terre servant comme exutoire final. Puisque voilà, ce faux film choral mêle les destins de divers personnages provenant de différents milieux dans des situations gravement dramatiques.

Au public alors de découvrir comment entreront en collision les vies d’une infirmière, d’un ambulancier et d’une star de cinéma qui vient tourner un film à Montréal tout en tentant de renouer avec son adolescent.

Et si les acteurs font du mieux qu’ils peuvent et parviennent aisément à laisser échapper l’intensité des émotions qui leurs sont demandées, on regrette que les dialogues qu’on leur impose sonnent aussi faux. Même la séduisante Monica Bellucci ne parvient pas toujours à trouver le ton juste, surtout dans cette scène où elle chante fort maladroitement du Elvis.

Plus inquiétant encore semble ce choix de faire de Ville-Marie l’entre-deux d’une trilogie de par ses références à Marécages alors que Pascale Bussières y reprend en cachette son rôle de Marie. Cependant, son empathie et sa fatigue se perd dans les déboires maladroits de l’ensemble alors que les nombreux éveils sexuels apparaissent comme des erreurs et la solitude comme une punition.

Au moins, d’un point de vue technique le film est réussi, grandement magnifié par la direction photo sublime de Serge Desrosiers. Les nuits devenant le repère de secrets camouflés et les sources lumineuses des horizons de possibilités. On s’interroge toutefois sur le découpage technique qu’on a accordé aux scènes fictives du film fictif qu’on montre dans le film. Pourquoi nous donner accès au faux résultat d’un tournage, confondant d’avantage le réel et la fiction, mais pas de façon convenue?

Ville-Marie est au final un long-métrage qui fait mal, mais pas pour les raisons qu’il souhaiterait. Il est déchirant parce qu’on y trouve un oasis de possibilités qui ne vont jamais au sommet de leur potentiel alors qu’on y voit beaucoup de talent qui se brouille au lieu de s’élever. On croisera ainsi les doigts qu’on saura mieux se placer dans le futur pour retrouver un équilibre, celui que ses personnages cherchent ironiquement si désespérément.

5/10

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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