AIR cuvée 2010, que du bon

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Le duo versaillais AIR était de retour dans la métropole hier soir pour fouler les planches du Métropolis, mais surtout pour défendre leur nouvel album Love 2 lancé en septembre.

Primo : AIR a diablement bien défendu ce nouvel album dans ses versions live.

Deuxio : Plus que jamais AIR s’impose comme un groupe phare de la musique électronique moderne, et chaque concert qu’ils présentent ne fait que renforcer cette position, malgré ce que les mauvaises langues pourront affirmer.

En bref, Air c’est Air. Ainsi pourrions-nous résumer cette musique. L’électronique old school se fait de plus en plus rare. Or, Air représente la relève de l’électro. Les vieux noms tels que Jarre ou Oldfield déclinent peu à peu. Le groupe Air a su se réinventer depuis 1996 et son Moon Safari. Réalisant au passage la bande sonore de The Virgin Suicide de Sofia Copolla ou collaborant avec Charlotte Gainsbourg, ces Français ont su imposer leur son sur la scène électronique internationale. Tellement qu’ils incarnent malgré eux ce qu’on nomme le french touch, ce courant de musique minimaliste, emplis d’une fascination des années soixante, ou plutôt ce génie incommensurable qui caractérise l’électro français.

C’est alors que surgissent les hallucinations roses nananes et l’odeur du plastique rouge usiné. Oui, Air est kitch. Oui, les paroles sont aussi inoffensives qu’un bébé de six mois dansant sur de la musique d’ascenseur. C’est la french touch. Air c’est cette fascination de pouvoir, pour une fois, mettre de côté le conformisme de ce monde, de respirer la légèreté qui caractérisait cette époque révolue d’insouciance. Ainsi, l’auditeur se laissera volontiers bercer par une nappe de Solina phasée, englobé d’un son de basse minimaliste… On aime ou on n’aime pas. En ce qui me concerne, jamais de par mes évolutions musicales récentes je ne me serai autant identifié à ce courant inventif et tout simplement brillant qu’Air contribua à populariser. Unique au monde.

Si le nouvel album Love 2 pouvait en laisser certain perplexes quant à la facilité des compositions mises de l’avant, ils auront été totalement déboutés par l’incroyable prestation qu’Air livra au public montréalais hier soir. Nouvelles pièces et anciens tubes se côtoyaient dans une harmonie absolument ravissante, parfaitement juxtaposées. Ces nouveaux titres, qui semblaient tout de même plutôt fades sur album, ont pris vie hier soir, tout en couleur par les éclairages savamment mis de l’avant. Absolument chacune des pièces jouées avait sa raison d’être… quand on dit que tout, absolument tout était magnifique.

Plus sûr d’eux – et comment ne pas l’être lorsqu’on constitue à soi seul l’une des plus grande réussite de la scène française à l’étranger – qu’il y a deux ans, les deux acolytes d’Air, Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin, parés de leur habits blanc, semblaient ravis de retrouver Montréal, se rappelant sans nul doute l’accueil triomphal du concert de 2007. Les éclairages se sont bonifiés, des écrans vidéo ayant été disposés à l’arrière. Ainsi, le spectateur électrophile pouvait maintenant voir le son produit par Air, propulsé par une sorte d’oscilloscope géant. Quel bonheur que d’entendre ces vieux synthétiseurs oubliés reprendre vie devant nos yeux.

Tous ces fans n’étaient pas en reste puisque toutes les pièces majeures du répertoire n’ont pas été oubliées. Citons la merveilleuse Highschool Lovers qui terminait de faire liquéfier la foule de bonheur tout de suite après avoir entendu Cherry Blossom Girl! Notons aussi l’insertion de pièces plus obscures de leur répertoire comme How Does It Make You Feel, une extraordinaire pièce expérimentale chantée au vocoder.

Le rappel était déchainé. Le son était pur et cristallin. Une profonde nappe de basse bien vibrante enveloppait notre âme. Tout était réglé au quart de tour. Tout avait été fait en sorte afin de produire le meilleur spectacle humainement concevable. Et ce pari a été relevé avec brio. Air remonta sur scène. Les nappes éthérées étaient de retour, liquéfiant nos cœurs en même temps que La femme d’Argent, tombante pour un Sexy Boy pour lequel nous chantions les paroles women, women, make me feel warm inside. Nous étions là hier soir, et nous serons là encore et encore si AIR daigne nous en faire l’honneur.

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À propos du journaliste

Xavier Proulx

Architecte, ingénieur et photographe, Xavier Proulx est journaliste pour Pieuvre.ca depuis plusieurs années. Mélomane averti, il se spécialise dans la couverture des événements musicaux de Montréal. Pour lui, ces compte-rendus sont un prétexte pour décrire de façon onirique les impressions du spectateur.

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