Lausanne, capitale technique

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Olympique, artistique et universitaire, la ville de Lausanne figure parmi les centres urbains idéals, mais en quoi la capitale du canton de Vaud en Suisse se différencie-t-elle de villes comme Montréal ou Barcelone? Sa spécificité relève de son expertise technique.  

Sortir à la station de métro Lausanne-Flon ouvre sur la Place de l’Europe, l’un des nœuds d’échanges le plus actifs de la ville. Un espace étalé sur trois niveaux dont les différents mouvements circulatoires ont été mis en évidence, d’abord traversé par un pont de pierre massif en arches, puis surplombé par une passerelle. À cette hauteur, les citadins prennent un verre sur la terrasse sur le toit d’un immeuble, pendant que d’autres optent pour le bar niché sous les arches. Ce lieu de reconversion de l’ancien funiculaire en métro, mis en service en 2008, symbolise le combat qu’a livré et que livre toujours la ville de Lausanne avec son relief, souligne urbanews.fr en 2011. Les nombreux ascenseurs et les escaliers roulants facilitent les déplacements, évitant aux citadins de remonter les pentes.

Le quartier du Flon, aménagé de façon futuriste, se situe dans une vallée, à travers la succession de collines et de vallées du territoire lausannois. Cette pente omniprésente bordée d’un port avant de se jeter dans le lac Léman a été un obstacle majeur pendant l’expansion urbaine depuis la fin du 19e siècle. Avec l’exposition Plot-atlas d’une particularité lausannoise présentée jusqu’au 20 octobre, Le Forum d’architectures de Lausanne (F’ar) fait la lumière sur le modèle architectural dominant du paysage lausannois: le plot.

Autour du centre, ce type de bloc-appartements dispose d’un terrain pour que les résidents soient en lien avec la nature environnante. L’espacement entre les bâtiments favorise le bon ensoleillement, le bon air et les échappées visuelles à une époque où la vieille ville était aux prises avec d’importants problèmes d’insalubrité à cause de la forte densité et des constructions malsaines.

Arts appliqués

Au-dessus de la Place de L’Europe, les rues et les passages de la ville médiévale s’entrecroisent vers le haut jusqu’à la place de la Riponne. L’ascension se poursuit jusqu’à la Cathédrale datant du 6e siècle, alors qu’un détour par le Musée de design et d’arts appliqués contemporains (MUDAC) s’impose.

Annonçant les Jeux olympiques de la Jeunesse qui se tiendront à Lausanne en 2020, l’exposition Sneaker Collab présentée jusqu’au 26 janvier 2020 raconte l’évolution du design du soulier de course, symbole de la fusion et du décloisonnement des classes sociales dès les années 1980. Nike, Adidas, Reebok, Asics, New Balance, Onitsuka Tiger, Puma, Vans et cie ont participé à la conception de cette icône de la culture pop adaptée à un nouveau mode de vie par des innovations techniques, l’ajout d’une pompe par exemple, et une multitude de design, dont la création d’une paire de souliers à l’effigie du duo de musique électronique Daft Punk.

Souliers à l’effigie de Daft Punk

Le projet Hors Pistes présenté jusqu’au 12 janvier 2020 rend compte d’échanges créatifs entre artisans et designers lors de résidences à Ouagadougou en 2013, à Banfora en 2014 au Burkina Faso, ainsi qu’à Nuuk en 2017 au Groenland. À l’aide d’un plan griffonné, des designers européens proposent de nouveaux objets à tisser à des artisanes africaines maîtrisant les techniques de tissage traditionnelles, alors que la designer européenne basée au Groenland doit composer avec les matériaux limités et le mal du pays. Entre prototypes, échantillons, maquettes, photographies et vidéos, les expositions montrent les collaborations et les questionnements survenus lors des recherches et des expérimentations.

Dans le grenier du MUDAC, la collection d’œuvres en verre décuple les possibilités de ce matériau commun. L’épaisse pastille rouge translucide Watch the Sunset (2007) d’Elias Bohumil Jr. renvoie l’impression d’avoir jeté un coup d’œil au soleil qui descend vers l’horizon.

Campus futuriste

À l’ouest, l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) transporte le passeur dans un univers de science-fiction. Dans les années 1960, les universités européennes quittent le centre des villes pour s’installer là où il y a de l’espace, en périphérie. Ayant l’apparence d’une petite ville, le campus de l’EPFL a été aménagé à partir d’un système modulaire permettant la réalisation d’architectures non prédéterminées.

Achevés en 1984, après dix ans de travaux, les premiers bâtiments couverts de panneaux en aluminium et dont la toiture est portée par un treillis métallique s’agencent avec des structures plus récentes faites en partie en bois ou presque entièrement en béton. Une révision radicale du plan directeur initial par les critiques des architectes zurichois Zweifel + Strickler + Associés rompt l’uniformité de la grille originelle en 1979, par l’introduction d’un passage en diagonale.

Bibliothèque de l’EPFL

À l’est, les vignobles en terrasses de Lavaux s’étendent sur 30 km le long du versant des berges du lac Léman. Inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, ces vignobles datant du 11e siècle représentent l’interaction entre les humains et l’environnement, développé pour optimiser les ressources locales de la production de vin.

La verticalité de ce paysage se contemple lentement en contre-plongée sur le bateau ou rapidement en plongée à bord du train, de sorte que la croisière longe la rive jusqu’à Montreux et que le train file à travers le versant vers Berne. Deux modes de locomotion qui cernent les chemins en zigzag, les arbres isolés et les architectures bien droites.

À quelques pas de la gare de Lausanne, le nouveau quartier des arts Plateforme 10 réunira le Musée cantonal des Beaux-arts (MCBA), le Musée de l’Élysée et le Musée du design et des arts contemporains (MUDAC). Le MCBA a ouvert ses portes le 5 octobre.


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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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