«Et si on s’éteignait demain?», une déclinaison sur notre disparition

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Le 18e festival Jamais Lu s’est tenu du 2 au 11 mai 2019 au Théâtre aux Écuries à Montréal et, en avant-dernière soirée, il a proposé aux spectateurs une veillée de poésies mise en lecture par Marie-Élaine Guay. Six actrices et quatre acteurs prononcent à tour de rôle un texte poétique sur le thème de la mort. Si le sujet n’est pas spécialement réjouissant, il donne toutefois à réfléchir, et parfois à sourire.

Dans une salle organisée comme un cabaret, les spectateurs prennent place autour de petites tables pour écouter dix textes dits à la première personne du singulier, plus ou moins longs, plus ou moins bien déclamés, sur notre condition d’être mortel.

Il y a celui qui est atteint du « cancer de Saturne » et qui semble profiter de sa disparition prochaine pour fantasmer sur la manière dont il pourrait débarrasser la planète de ses dictateurs; celle qui songe qu’elle a repoussé son suicide depuis trop longtemps; ou celui qui, avant de quitter le monde, achète tous les bonbons du dépanneur du coin, y compris ceux qu’il n’aime pas, et pense avec mélancolie qu’il ne pourra plus apprécier le parfum des fleurs, quand bien même il ne le sentait jamais quand c’était encore possible…

Les textes sont variés, originaux, parfois drôles d’être aussi désespérés. Ils donnent tous à réfléchir sur notre condition. Certains artistes lisent leurs textes avec beaucoup de talent, d’autres sont moins convaincants. Qui a écrit ces dix textes? Sont-ils de la même plume? J’aurais bien aimé le savoir mais le programme ne le dit pas.

Dans la tradition du festival Jamais Lu, les artistes ne savent pas leurs rôles par cœur. Ils les lisent devant les spectateurs, ce qui ne les empêche pas d’être plus ou moins bons acteurs. C’est là qu’on prend conscience de la place de l’artiste et de son rôle non seulement d’interprète, mais aussi de créateur.

Car la dernière prestation, celle de Emmanuel Schwartz, fait partie de ces moments qui rattrapent toutes ceux moins intéressants qui l’ont précédé. Cet acteur génial, qu’on voit de plus en plus souvent sur la scène montréalaise – et c’est tant mieux – devient le coauteur du texte qu’il déclame en le lisant non sur une feuille de papier comme les autres, mais sur son téléphone. Il se met lui-même en scène par un jeu, une voix, une attitude, une présence qui incarnent le texte et lui donnent un relief particulier.

Le texte dit par Emmanuel Schwartz s’intitule Et si on s’éteignait demain?, qui a aussi été choisi comme titre de l’ensemble du spectacle, un peu comme lorsque dans un recueil de nouvelles, le titre général correspond au titre de l’ensemble. De cette manière, même si on n’a pas tout adoré, on repart satisfait d’avoir vécu un moment d’exception.

Et si on s’éteignait demain?, le 10 mai dans le cadre du festival Jamais Lu, au Théâtre aux Écuries.

Idéation et mise en lecture : Marie-Élaine Guay
Avec : Charlotte Aubin, Virginie Beauregard D., Daria Colonna, Carole David, Marie-Élaine Guay, Benoit Jutras, Daniel Leblanc-Poirier, Jean-Christophe Réhel, Emmanuel Schwartz et Maude Veilleux
Accompagnement littéraire : Daria Colonna


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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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