Atlas du terrain vague exposé au Centre de design

1

Parcourir l’île de Montréal rend compte d’une multitude de terrains vagues avec leur histoire propre s’estompant sous les mauvaises herbes et le chant des grillons. Professeure à l’École de design de l’UQAM, Carole Lévesque a traversé le territoire à la marche aspirant à articuler un regard plutôt qu’un usage productif du paysage, tel que présenté dans l’exposition La précision du vague au Centre de design, du 7 février au 14 avril.

À l’entrée de la salle, les projections de photographies de terrains abandonnés, asphaltés, industriels et traversés d’une voie ferrée ou sur lesquels des pylônes électriques font circuler l’électricité nous rappellent ces espaces singuliers que l’œil a tendance à classer en marge des lieux résidentiels ou commerciaux. Ce n’est pourtant pas le terrain vague en lui-même qui est intéressant, mais sa disponibilité, soutient-on. Le promoteur y voit une occasion d’affaires, l’architecte y voit l’accomplissement d’un grand projet, l’activiste y voit le lieu de défense d’un idéal, le citoyen y voit une socialisation à reconstruire, explique-t-on.

Avec l’objectif de s’attarder au lieu en lui-même, sur la relation imprécise qu’il entretient avec notre expérience de la ville, Carole Lévesque a marché pendant 42 heures, pris 5 000 photographies réunies en 120 collages, mis au point une base de données permettant de croiser 150 caractéristiques, capté 144 minutes de film et d’ambiance sonore, glané 75 objets et cueilli 90 spécimens de plantes sur place. Un projet rappelant l’initiative d’Un herbier de Montréal paru en 2017 aux éditions La Pastèque, croisant le talent des poètes et bédéistes d’ici.

À partir de cette carte simplifiée de l’île de Montréal divisée en six parties, comprenant 120 terrains vagues au total, l’exposition permet de jauger la valeur de ces trois années et demie de travail à accumuler des modes de représentation. Le visiteur est libre de consulter le fruit de 100 heures de relevés et de 400 heures de dessins perspectifs, pour douze dessins inclinés sur des tables à dessin industrielles. Les six grandes illustrations faites à la main recomposent dans un jeu de proportions les éléments prélevés dans chacune des parties.

Ces dessins, où le geste et la main, la trace de la plume technique et le grain du papier réconcilient le visible et le tactile, sont des constructions, des «machines» à transformer notre regard sur ces paysages précieux, perdus et retrouvés, écrit le professeur titulaire de l’École d’architecture de l’Université de Montréal, Georges Adamczyk.

«En design, on a l’habitude de travailler à mettre un produit en valeur, alors qu’elle, elle veut donner le goût de découvrir ces terrains vagues», fait remarquer l’étudiante responsable de la surveillance de l’exposition.

Une analyse de l’insolite à expérimenter!


Autres contenus:

Effet miroir et réflexion incongrue au Musée de la civilisation

Partagez

À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

Un commentaire

  1. Pingback: This Light Never Goes Out: Jim Carrey expose ses dessins satiriques au Centre Phi - pieuvre.ca

Répondre