Le clone est triste, l’art de l’autodérision comique

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Dans un chic logement aristocratique avec meubles et tapis anciens, tableaux, sculptures et nombreux bibelots, un piano à queue et un feu dans la cheminée, un couple boit le thé dans des tasses en porcelaines précieuses pendant que trois hommes s’ennuient. C’est qu’il pleut à l’extérieur et ils ne travaillent pas et ne peuvent même pas sortir… Ainsi commence Le clone est triste, pièce de théâtre jouée aux Écuries.

Sommes-nous au tout début du XXe siècle voire à la fin du XIXe? Absolument pas. C’est le futur que nous dévoile cette pièce, soit les effets désastreux provoqués par la génération des baby-boomers sur la planète.

En 2067, le monde a bien changé. Il est le résultat des avancées technologiques et de l’héritage funeste d’une génération qui a profité sans vergogne de ses biens rares et précieux sans se soucier de son futur et des générations suivantes. Du coup, deux mesures ont été prises par les autorités mondiales des Nations unies: tous les baby-boomers ont été exilés sur la Lune sans aucune chance de retour, et le clonage a été interdit, ceci afin d’éviter justement qu’un baby-boomer puisse un jour réapparaître et recommencer ses méfaits. La génération X va enfin pouvoir vivre…

Mais voilà qu’un certain Gilles Douillette est contrôlé à partir d’ADN liée à des poignées de main. Et on découvre – lui aussi le découvre – qu’il est le clone d’un baby-boomer!

Dans une mise en scène pour le moins échevelée, extravagante et loufoque, les cinq acteurs très talentueux rendent compte d’une sorte d’enquête à la Agatha Christie non seulement comique, mais aussi musicale, chantée et dansée. Le texte qui défile à une allure folle, est truffé de clins d’œil extrêmement drôles au vécu de la génération des baby-boomers dont nous ne sommes pas encore sortis au Québec. On se croirait à une sorte de grand Bye bye télévisé qui rendrait compte de toute une période durant laquelle « a sévi » cette génération, et pas seulement de l’année écoulée.

Les références sont innombrables, comiques, loufoques, absurdes. Le public rit du début à la fin. Certains passages sont vraiment très drôles en donnant même à réfléchir. L’ensemble est sans doute un peu éclaté et parfois difficile à suivre, mais il y a tellement de détails qu’on aimerait avoir le texte en main pour le déguster tranquillement. Les artistes savent tout faire : jouer de très beaux morceaux au piano ou à la guitare, chanter, danser, faire les clowns et pas seulement les clones.

Le clone est triste est un magnifique moment d’autodérision québécoise, porté par un texte très comique et des acteurs formidables.

Le clone est triste, du 29 janvier au 16 février 2019 au Théâtre Aux Écuries

Texte: Olivier Morin et Guillaume Tremblay
Mise en scène: Olivier Morin
Musique: Navet Confit et Philippe Prud’homme
Interprètes: Navet Confit, Marie-Claude Guérin, Olivier Morin, Philippe Prud’homme et Guillaume Tremblay


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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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