Compromis à droite pour maintenir la social-démocratie en Suède

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La social-démocratie suédoise, idéalisée lors de la présidentielle américaine de 2016 par Bernie Sanders, va se maintenir en échange d’un virage vers la droite. Le pacte du chef social-démocrate Stefan Löfven avec deux partis d’opposition implique une diminution des impôts et des réformes en faveur du milieu des affaires, rapporte Reuters le 11 janvier.

Depuis les élections législatives du 9 septembre 2018, le parlement suédois est dans l’impasse et les élus mettent tout scénario d’alliance possible sur la table afin de combler la baisse de popularité des sociaux-démocrates et de contrer la percée plus déstabilisante qu’abracadabrante des démocrates anti-immigration. L’obtention de la balance du pouvoir par ce parti participant à la montée de l’extrême droite dans le monde a mis un terme à l’alliance de quatre partis de centre droit responsable de la social-démocratie depuis 2004.

«Ce n’est pas la solution idéale que nous aurions souhaitée, mais c’est le mieux que l’on puisse faire dans une situation extrêmement difficile», a affirmé la chef du Parti centre-droit, Annie Lööf. L’entente de la nouvelle coalition a été adoptée par les Libéraux de centre-droit et le Parti vert, partenaire des sociaux-démocrates. Le Parti de gauche a été exclu afin d’éviter une coalition comprenant une droite soutenue par les démocrates. Le pouvoir ne comptera pas de tenants de l’extrême droite dans ses rangs.

Le système politique social-démocrate suédois repose sur un modèle économique caractérisé par un faible taux de chômage qui s’est développé à partir des années 1930 jusqu’au milieu des années 1970, d’après Perspective monde de l’Université de Sherbrooke. De 1971 à 1976 et de 1991 à 1994, des ralentissements économiques favorisent l’arrivée au pouvoir de coalitions de centre-droit. Ainsi, les dernières décennies du 20e siècle sont marquées par des remises en question du modèle suédois secoué par des politiques d’austérité pour relancer l’économie.

Bien que ce pays qui ne remporte des médailles qu’une fois sur deux aux Jeux olympiques puisse nous paraître éloigné, les politiques instaurées par l’État suédois sont similaires à celles adoptées par le Parti québécois à partir de 1976. Une alternative équitable au néolibéralisme promu par le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada.

Dissidence à deux degrés

Lançant un «Look at what happened last night in Sweden» lors d’un rassemblement partisan en Floride le 19 février 2017, le président Donald Trump faisait allusion à un reportage diffusé sur Fox News portant sur une manifestation violente d’immigrants dans le sud de la Suède. Cette mise en abyme est devenue la pierre angulaire pour fronder l’ensemble de la social-démocratie suédoise, ce qui a mené à la publication par le Wall Street Journal, le 22 février 2017, d’une lettre du chef du Parti démocrate suédois, Jimmie Akesson.

Sur les ondes de France culture le 7 septembre 2018, deux jours avant l’élection, la mise en abyme refait surface: «Lors des émeutes dans les banlieues françaises, en 2005, la presse suédoise s’est montrée très critique envers notre modèle d’intégration républicain. Ce genre de choses, disait-on, est inconcevable en Suède, pays tolérant et doté d’une grande capacité d’intégration. Aujourd’hui, les voitures brûlent régulièrement dans les banlieues de Malmö (Rosengard) et Stockholm (Husby); les pompiers sont accueillis à coups de pierres. Et les Suédois sont beaucoup moins persuadés de la supériorité de leur modèle», affirme l’économiste Tino Sanandaji dans deux brochures publiées par la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), un groupe de réflexion français créé en 2004.

En faveur du virage vers la droite, mais pas au point de voter pour les démocrates anti-immigration, l’économiste d’origine kurde né à Téhéran diplômé de la Stockholm School of Economics et de la Harris School of Public Policy de la University of Chicago critique directement la culture suédoise. Pour lui, la fameuse tolérance de cette mentalité s’accompagne de sérieuses exigences issues de la morale luthérienne pesant sur l’individu. Cela concerne, en particulier, l’égalité hommes-femmes.

Inutile de faire tourner les vinyles d’ABBA encore et encore, la mode est à l’économie néolibérale et au multiculturalisme. La diversité des cultures nationales, c’est ringard!


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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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