Souveraines, le fouillis politico-féministe

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Souve-reines ou souveraines? Je n’ai pas réussi à comprendre l’intention du texte de Rose-Maïté Erkoreka, qui en interprète aussi le personnage principal de Maya dans la pièce Souveraines, jouée au Théâtre de Quat’sous.

S’agit-il de montrer la difficulté qu’ont les femmes à faire valoir leur point de vue, même dans un groupe mixte de vieux amis, qui inclut donc des femmes, mais qui auraient intégré le fait que les hommes devaient avoir le dernier mot?

D’affirmer que certaines femmes accèdent au pouvoir suprême, celui de reine autrefois, de chef d’État aujourd’hui et, à tout le moins, de chef de parti politique? Ou encore de militer pour la souveraineté du Québec, celle qu’appelait de ses vœux Pauline Marois lorsqu’elle occupait le poste de première ministre? Tout cela en même temps…?

La pièce Souveraines est un peu un fouillis, et j’ai ressenti un certain malaise en sortant du théâtre, n’ayant pas appris grand-chose, en plus d’éprouver le sentiment que beaucoup de matériel m’était fourni sans qu’aucune cible ne soit atteinte.

Maya aimerait que son texte soit choisi pour la prochaine pièce que montera la troupe de théâtre amateur (semi-professionnelle) en remplacement d’Othello, un texte qui traite des « moments marquants des reines célèbres, fictives ou réelles ». Un vote « secret » a lieu dans la petite troupe dont les membres se disent soudés depuis une quinzaine d’année. Maya obtient quatre voix, une de plus que son concurrent Phil qui, lui, tient à adapter rien de moins que les sept gros volumes des Rois maudits à la scène.

Le projet est démesuré, Phil n’a pas la majorité des voix, et c’est pourtant lui qui obtient gain de cause. Cela révèle-t-il quelque chose de particulièrement intéressant quant à la difficulté qu’ont parfois les femmes à défendre leur opinion au sein d’un groupe? Pas sûr, si on en juge du personnage de Phil tel qu’il a été conçu, un individu de peu d’envergure dont on se demande pourquoi il remporte la mise.

Pour autant, la pièce Souveraines n’est pas dénuée d’intérêt. L’idée de mise en abyme est toujours intéressante. La pièce d’amateurs dans la pièce est bien interprétée. On y trouve un certain humour.

Mais la liaison se fait mal entre les extraits des œuvres répétées par la troupe et les vidéos de femmes célèbres qui, dans le monde contemporain, ont accédé à des postes de pouvoir. « Les femmes sont des êtres humains dotés d’un cerveau » entend-on de la bouche d’Édith Cresson, première ministre française sous la présidence de François Mitterrand. On le savait déjà… Et que les femmes composent la moitié de l’humanité, sentence déclamée par Pauline Marois, on le savait aussi.

Quant à la question de la répartition culturelle des rôles sociaux, entre les hommes et les femmes, celui du pouvoir en l’occurrence dans Souveraines, je n’en ai rien appris de neuf.

Souveraines, du 20 novembre au 8 décembre 2018 au Théâtre de Quat’sous.

Une production du Théâtre de la Banquette arrière, en codiffusion avec le Théâtre de Quat’Sous.

Texte Rose-Maïté Erkoreka
Mise en scène Marie-Josée Bastien
Avec Amélie Bonenfant, Sébastien Dodge, Rose-Maïté Erkoreka, Anne-Marie Levasseur, Lise Martin, Éric Paulhus et Simon Rousseau


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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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