Littérature policière – Quand l’ambiance est encore plus glaciale que le climat

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Tout ce qu’il y a de plus tordu, vous pouvez tenter de l’imaginer. Mais l’auteur britannique Benjamin Myers, lui, l’a carrément écrit dans son plus récent ouvrage traduit en France, Dégradation, paru tout récemment dans la collection Cadre noir, chez Seuil.

Dans une contrée inhospitalière du nord du Royaume-Uni, la dépravation s’est répandue sans espoir de retour chez les gens du lieu les plus avides de pouvoir. Chez ceux qui ne peuvent trouver leur plaisir sans prendre ascendant sur les autres, sans les assouvir, sans les torturer.

C’est la disparition d’une jeune fille et l’enquête qui s’en suivra qui vont tout déclencher. Un enquêteur surdoué, provenant d’une escouade très discrète, aidé par un journaliste local qui a pressenti les magouilles qui ont cours dans le bled perdu où se déroule l’action, échouera une première fois à résoudre le mystère. Il sera pris de vitesse par ceux qui tirent les ficelles d’une organisation secrète.

Mais c’est sans compter sur la ténacité, l’entêtement et, disons-le, l’obsession de l’enquêteur qui reviendra sur les lieux de son échec pour tenter de résoudre une fois pour toutes l’énigme de cette disparition et de quelques autres.

Dans ce suspense au rythme lent, mais bien calculé, Myers met en scène des personnages plus extrêmes les uns que les autres, sauf le journaliste qui ressemble à plusieurs autres déjà rencontrés dans la littérature. Malheureux à la grande ville, alcoolique, il s’est installé dans le Yorkshire pour déconnecter et se refaire un nom en travaillant pour la feuille de chou locale. L’enquêteur, quant à lui, présente un sérieux trouble obsessionnel compulsif. Solitaire parmi les solitaires, fermé parmi les hermétiques, il laissera peu à peu transparaître son humanisme et saura créer l’alliance nécessaire avec le journaliste pour arriver à ses fins.

Quant aux « vilains », ils sont tous, hélas, plausibles et plus terribles les uns que les autres, par leur calcul, leur cruauté ou leur indifférence.

Dans un cadre déprimant ou purement enchanteur, ça dépend de l’angle que vous choisissez, Benjamin Myers nous présente une histoire magnifiquement ficelée dont on souhaite ardemment l’issue, tant l’attente est insoutenable. C’est ce qu’on appelle un vrai travail d’écrivain.


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À propos du journaliste

Martin Prévost

Martin Prévost fréquente la scène culturelle montréalaise depuis plus de trente ans. À titre de chroniqueur culturel, il a collaboré au magazine Paraquad durant deux ans et il est un fidèle de Pieuvre.ca depuis ses débuts. Ses intérêts vont du design à la danse contemporaine en passant par les arts du cirque, la musique du monde, la littérature, le théâtre, les arts visuels et le cinéma. Musicien amateur, il consacre la plupart de ses interventions pour Pieuvre.ca à la musique classique, de la musique de chambre à l’opéra.

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