Cinemania – Barbara: la difficulté de raconter la dame en noir

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Présenté en première nord-américaine dans le cadre du festival Cinemania, le film Barbara de Mathieu Amalric propose une œuvre hybride dans laquelle Jeanne Balibar interprète une diva nommée Brigitte embauchée pour personnifier la chanteuse Barbara. Au programme: des émotions à fleur de peau, une mise en abyme déconcertante et un vif hommage à la regrettée chanteuse.

Disparue il y a 20 ans, la chanteuse Barbara est aujourd’hui portée au grand écran par l’acteur et réalisateur Mathieu Amalric, qui a choisi de lui rendre un hommage bien singulier avec cette biographie qui n’en est pas une. Ce poème qui n’en est pas un. Une reconstitution qui ne reconstitue pas tout. Cette comédie musicale à mille lieues de tout ce qui existe en la matière. Une œuvre qui est sans doute tout ceci à la fois. Un peu comme si Amalric n’avait pu se résoudre à choisir un seul genre pour parler de la dame en noir. Par ailleurs, le spectateur aura parfois du mal à distinguer le vrai du faux. Comment décrire cette œuvre autrement que comme une évasion lyrique dans laquelle tout s’interconnecte?

Quand la fiction et la réalité se confondent

Dès le départ, le spectateur a le souffle coupé. Jeanne Balibar ressemble étrangement à Barbara. Elle duplique sa gestuelle et interprète ses chansons avec une émotion similaire. Balibar joue une Brigitte, bouleversante et bouleversée, qui elle, travaille d’arrache-pied pour interpréter Barbara à la perfection. Et, coïncidence qui n’en est pas une, Balibar était autrefois la conjointe d’Amalric.

Quant à Amalric, même s’il est le réalisateur de ce film, il s’octroie également un des rôles principaux, celui d’Yves Zand, un réalisateur exalté, obsédé par Barbara (et par Brigitte sans doute), qui embauche et dirige Brigitte dans son film inspiré d’un (vrai!) livre sur la chanteuse. Mais Zand devient rapidement obnubilé par son sujet, si bien qu’après une scène, Brigitte lui demande « C’est un film sur Barbara ou sur toi que tu fais ? »

Parfois, les protagonistes semblent jouer « trop », surtout Amalric. Pas jusqu’à jouer faux, car rien ne semble imposé dans ce film… Disons simplement que les acteurs aussi paraissent s’être pris au jeu et à l’exaltation.

Un film éclaté, sinueux et tout en émotion

Comme le chante d’ailleurs Barbara en duo avec Brassens, ce film, on ne l’ « attend pas au bout d’une ligne droite ». Sinueux, mystérieux, le film raconte une histoire un peu éclatée et d’une intensité très certainement digne de Barbara elle-même. Ce long-métrage emprunte à la biopic et au récit romanesque tout flirtant de près avec la réalité. En effet, quelques scènes sont ponctuées d’archives vidéo qui se perpétuent dans les gestes et les chants de Balibar.

En outre, plusieurs rappels très entendus relient la vie de Barbara à celle de Brigitte, notamment ses amourettes avec des hommes qui ont la moitié de son âge de même que ses manies qu’il ne faut pas contredire. Barbara a été réalisé comme on voue une admiration sans bornes à une idole, mettant l’accent sur les menus détails qui font à la fois de Barbara et de Brigitte des êtres totalement à part.

Barbara est donc un film déroutant dont on ne sait que penser. Un film de sensations, plus de que purement factuel. Amalric ne raconte pas tout et c’est sans doute délibéré. Il plonge le personnage dans une aura énigmatique. La chanteuse Barbara devient une figure quasi mythique, difficile à raconter et encore plus à percer. Ses chansons ont traversé le temps, mais parler d’elle relève toujours du mystère.

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Barbara

France, V.O. française, 94 minutes, 2017


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À propos du journaliste

Émilie Plante