Est-ce la fin de la solution à deux États, déjà maintes fois éprouvée? Selon une nouvelle enquête réalisée par le Pew Research Center, autant les Palestiniens que les Israéliens affirment qu’il ne peut y avoir de coexistence paisible entre les deux peuples.
L’enquête en question, réalisée durant le printemps dernier, a permis de recueillir les avis de 1001 Israéliens, mais aussi de 1038 Palestiniens vivant en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. En raison de la destruction quasi-totale et de l’occupation militaire de la bande de Gaza par Israël, les responsables du coup de sonde n’ont pas été en mesure de se rendre dans l’enclave.
Ainsi, 56% des Israéliens interrogés – dont 64% de juifs et 26% d’Arabes israéliens – ne croient pas qu’une paix est possible. Chez ce dernier groupe, d’ailleurs, environ la même proportion (23%) juge pourtant que les deux peuples peuvent coexister. Mais ces Arabes israéliens sont majoritairement (46%) indécis, ou ne veulent pas répondre à la question.
Chez les Palestiniens de Cisjordanie et de Jérusalem-Est, plus de deux répondants sur trois (68%) ne croient pas à la paix, pour seulement une personne sur cinq qui jugent qu’il est encore possible de coexister pacifiquement avec les Israéliens.
Parmi les raisons évoquées pour tourner le dos à la paix, il est question de ce territoire, déjà fortement réduit, qui est convoité par les deux camps; on parle aussi des violences répétées entre les deux camps – y compris l’attaque du 7 octobre 2023 lancée par le Hamas, et le génocide déclenché en riposte par Israël –, et de leur impact délétère sur la confiance envers l’autre.
Plusieurs Israéliens considèrent aussi qu’une Palestine indépendante représenterait « une menace existentielle envers Israël et son peuple », écrivent les auteurs de l’étude, alors que du côté palestinien, on soutient que l’occupation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est par l’État hébreu est le plus grand obstacle à l’établissement d’une paix.
À l’opposé, plusieurs répondants croient que la paix est « inévitable », et qu’il « n’existe aucune alternative » à cette coexistence entre voisins.
D’ailleurs, l’idée d’une solution à deux États trouve encore des adeptes, chez les personnes interrogées par le Pew Research Center, principalement parce que les répondants ont dit, à plusieurs reprises, qu’ils ne voyaient pas de situation où Israéliens et Palestiniens pourraient vivre ensemble au sein d’un même pays.
« Il devrait y avoir deux pays », ont ainsi lancé des Palestiniens. « Nous serons de notre côté, et ils seront du leur. »
« Les Israéliens n’ont pas à intervenir dans les affaires des Palestiniens », a renchéri une femme palestinienne dont l’avis a été recueilli par les chercheurs.

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La violence et les colonies, deux obstacles de taille
Peu importe l’origine des partisans de la paix, une chose est sûre: dans l’état actuel des choses, la coexistence est difficilement envisageable. Israël continue d’autoriser l’installation de colonies illégales en Cisjordanie, et les colons qui y habitent lancent régulièrement des attaques contre les Palestiniens, attaques qui ont généralement l’aval des autorités israéliennes, autant militaires que politiques.
Et chez les Israéliens, on évoque le « manque de profondeur territoriale », dans le cas d’un accord de paix, « pour permettre à l’État hébreu de se défendre », ainsi que « la capacité de la Palestine, en tant qu’État indépendant, d’obtenir plus facilement, et légalement, des armes avec lesquelles elle pourrait continuer à attaquer Israël ».
Chez les deux peuples, donc, la méfiance est monnaie courante. Et sans surprise, la proportion d’habitants des deux pays en faveur de la paix a fondu comme neige au soleil après la reprise des hostilités, en 2023, et le génocide perpétré par Israël.
Par ailleurs, Palestiniens et Israéliens ont des points de vue presque diamétralement opposés en ce qui concerne l’aide humanitaire et militaire fournie par les États-Unis. Ainsi, 70% des Palestiniens de Cisjordanie et Jérusalem-Est croient que Washington devrait offrir davantage d’aide humanitaire, alors que 52% des Israéliens (et 76% des partisans de la coalition de Benyamin Nétanyahou) jugent au contraire que l’Amérique en fait trop.
À l’inverse, environ la moitié des Israéliens estiment que les États-Unis offrent suffisamment d’aide militaire à l’État hébreu, tandis que 70% des Palestinient trouvent que cette aide est trop importante.





