Des chercheurs affirment être en mesure d’aider les planificateurs urbains à prévoir les futurs besoins de nos villes, et ainsi limiter la quantité de matériaux et de ressources nécessaires pour construire les immeubles de demain. Le hic? Pour y parvenir, il faut peser 600 millions de bâtiments. 606 millions, pour être précis.
« La façon dont nous planifions nos villes, aujourd’hui, va encadrer leurs demandes matérielles pour les décennies à venir« , affirme ainsi Jinchao Song, la principale autrice de cette nouvelle étude, et un fellow à l’Université du Michigan.
« Utiliser des matériaux de façon plus efficace peut aider les villes à accommoder la future croissance de la population, tout en réduisant les émissions polluantes associées à la construction. Si nous utilisons moins de matériaux, nous aurons moins de consommation d’énergie, et moins d’émissions polluantes », dit-elle.
Dans leurs travaux publiés dans Nature Cities, Mme Song et ses collègues ont combiné des images satellites à haute résolution et d’autres données géospatiales, ainsi que des informations à propos des matériaux de construction, afin de calculer le poids de 606 millions de bâtiments à travers le monde.
En travaillant avec des experts provenant de Chine, du Danemark et des Pays-Bas, Mme Song a ensuite analysé comment les conditions économiques, la densité de population et les caractéristiques de l’environnement bâti, comme la structure de la ville, étaient associées à l’efficacité de l’utilisation des matériaux, en fonction des lieux.
Parmi les aspects structurels des villes examinés par les chercheurs, on trouve la densité des bâtiments, leur taille et la variation dans la hauteur maximale des immeubles, en fonction des quartiers.

Vous aimez nous lire et nous écouter? Pour continuer de vous offrir nos contenus, nous avons besoin de vous.
Pour seulement 5$ par mois, contribuez au succès de Pieuvre et obtenez l’accès à La Voûte, une série d’épisodes exclusifs du podcast Rembobinage. Abonnez-vous dès aujourd’hui!
Construire dense, mais pas trop en hauteur
Les chercheurs indiquent ainsi, par voie de communiqué, avoir constaté que les villes avec des concentrations importantes de bâtiments plus petits réussissaient à maximiser l’espace offert à chaque individu, tout en minimisant l’utilisation des matériaux.
« Le poids des bâtiments offre un autre angle, pour que nous puissions mieux comprendre les procédés et les implications de l’urbanisation », souligne pour sa part Gang Lieu, l’un des auteurs de l’étude et professeur à l’Université de Pékin.
Comme l’affirment les auteurs de l’étude, si des travaux similaires avaient déjà été effectués, ces derniers n’avaient jamais été aussi précis, et portaient souvent sur les villes des pays riches. Pourtant, la majorité de la croissance de la population doit se produire dans les pays en développement.
« Nous avons créé une base de données mondiale à l’échelle des bâtiments individuels, ce qui nous permet d’identifier des tendances qui échappent aux aperçus m0ins précis », soutient Mme Song.
Par exemple, il a été calculé que les 606 millions de bâtiments pesaient 835 milliards de tonnes, soit un peu moins que le poids de toutes les plantes, qui est estimé à 900 milliards de tonnes. Environ le quart de tout ce poids des bâtiments se retrouve en Chine.
C’est par ailleurs dans les pays les plus riches, qui regroupent environ 16% de la population mondiale, mais 46% de la consommation planétaire de matériaux de construction, que l’on compte le plus grand nombre de villes avec la forme urbaine optimale. Ainsi, 40% des villes denses faites de bâtiments peu élevés se trouvent dans ces pays riches.
Enfin, des 20 pays qui devraient avoir la plus grande demande, en matière de matériaux de construction, d’ici 2050, 19 sont des États en développement ou à revenu moyen. Les États-Unis sont la seule exception, et le seul pays riche dont la population devrait continuer de croître au cours des 25 prochaines années, affirment les chercheurs.





