Le captage du carbone est présenté par ses promoteurs comme une solution à la crise climatique: enfouissons un maximum de CO2 dans le sol de manière à avoir moins besoin de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Mais ça ne marchera pas, conclut une enquête de deux magazines américains.
Ce n’est pas une question technologique: on sait comment faire pour « capter et entreposer » du CO2 (en anglais, carbon capture and storage, ou CCS). La technologie existe.

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C’est une question de finances et de capacités : ce qui serait théoriquement nécessaire pour faire une différence sur la quantité de CO2 dans l’atmosphère, représenterait des quantités gigantesques, loin au-delà de ce qu’on serait réalistement capable d’accomplir.
- Par exemple, dès 2008, l’Agence internationale de l’énergie estimait que, pour éviter de dépasser un seuil d’un degré et demi Celsius de réchauffement, il faudrait enfouir 1,6 milliard de tonnes de CO2 (ou 1600 mégatonnes) par année… en 2025.
- Même si le seuil du degré et demi est en voie d’être dépassé, on espère éviter de dépasser celui des 2 degrés. À cette fin, des projections plus récentes disent qu’il faudrait enfouir de 3000 à 4000 mégatonnes par année d’ici 2035, voire plus de 5000 mégatonnes d’ici 2040.
- Mais pour l’instant, ce que l’on enfouit dans le monde vient tout juste d’atteindre le seuil du premier million de tonnes (ou 1 mégatonne).
- Une autre façon de le calculer: il faudrait consacrer, au milieu du siècle, 2 millions de km2 aux usines qui serviront à extraire ce carbone de l’atmosphère et à l’enfouir dans le sol.
- Et il faudrait construire 100 000 km de pipelines pour amener ce CO2 aux lieux d’enfouissement, puisque la géologie ne permet pas n’importe où un entreposage qui restera stable pendant des siècles.
- Ainsi que 85 pétroliers spécialisés (il n’en existe actuellement que 3).
- Douze sites dans le monde ont été identifiés comme des « réservoirs » à CO2, et font l’objet d’expériences à petite échelle, dont un en Alberta. Il faudrait plus de 2000 sites de la même taille.
- Et il faudra effectuer un suivi à long terme de ces sites pour s’assurer qu’il n’y ait pas de fuite.
- On parle d’un projet dont la facture, s’il était mené à terme, se calculerait, en 2050, en centaines de milliards de dollars par année.

Cela fait environ 40 ans que le concept fait l’objet de recherches —d’ailleurs souvent financées par l’industrie pétrolière, rappellent les magazines américains Pro Publica (spécialisé dans le journalisme d’enquête) et Drilled (spécialisé dans le journalisme environnemental). Leur conclusion est que les « promoteurs du CCS ont ignoré les preuves des limites de cette technologie ». C’est un projet, écrivent-ils, qui peut servir avant tout à financer l’industrie pétrolière.
Mais plus encore, alors même qu’ils surestiment, depuis 40 ans, les capacités du CCS, ils sous-estiment le potentiel de l’énergie solaire: cette dernière n’a cessé de dépasser les projections depuis les années 2010. Même aux États-Unis, en mai 2026, le solaire a, pour la première fois, produit plus d’électricité que le charbon, et sa croissance se poursuit, tout comme celle de l’éolien. En décembre dernier, la revue Science avait choisi comme percée de l’année 2025 « la croissance apparemment impossible à arrêter de l’énergie renouvelable ».





