L’ivermectine est un médicament antiparasite, surtout employé chez les animaux d’élevage, mais aussi recommandé pour les humains dans certaines circonstances. Il a connu son heure de gloire pendant la COVID. Bien qu’aucune étude n’ait alors réussi à démontrer son efficacité contre le virus responsable de la pandémie, ce médicament n’a plus quitté les écrans radar depuis, et ses défenseurs se sont mis à lui attribuer une liste de plus en plus longue de propriétés. Le Détecteur de rumeurs fait le tri.
Ce qui est prouvé
L’ivermectine, créé dans les années 1970, a démontré son efficacité pour combattre un large spectre de parasites, depuis ce qu’on appelle les vers gastro-intestinaux jusqu’au ver responsable, en Afrique, de la cécité des rivières, en passant par la rage. Il est pour ces raisons recommandé notamment par l’Organisation mondiale de la santé et par l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Son efficacité a valu à ses trois découvreurs le Nobel de médecine en 2015.
Ce qui n’est pas prouvé: cancer
Les recherches Google avec le mot « ivermectine » ont atteint un sommet en janvier 2025, après que l’acteur Mel Gibson ait déclaré, dans le cadre de la populaire balado de Joe Rogan, que « trois amis » atteints d’un cancer de stade 4 auraient récupéré après avoir pris de l’ivermectine — entre autres médicaments, précisait-il. La Société canadienne du cancer a tenu à écrire, après la diffusion, que les traitements promus par Gibson n’étaient « pas scientifiquement prouvés ».

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Cette croyance découle d’une autre théorie, selon laquelle le cancer serait un parasite (il ne l’est pas). Des recherches ont néanmoins été menées pour tenter de voir si l’ivermectine pouvait au moins ralentir la croissance des cellules cancéreuses: elles ont essentiellement été menées sur des cellules en laboratoire. Aucune étude sur des humains n’a montré d’efficacité, et la question de la toxicité de ce médicament est un enjeu: cela signifie que, très souvent dans des études médicales, un effet qu’on pourrait éventuellement observer en éprouvette, sur des cellules soumises à de hautes doses d’une substance, pourrait être impossible à répliquer sur un humain sans mettre sa vie en danger.
Il reste la possibilité d’étudier l’ivermectine en combinaison avec d’autres médicaments, et des recherches se poursuivent à ce sujet.
Ce qui n’est pas prouvé: COVID
À partir de 2021, devant la viralité des affirmations selon lesquelles l’ivermectine guérirait de la COVID, de nombreuses études ont été menées (Robert F. Kennedy Jr, trois mois avant d’être nommé ministre de la Santé de Donald Trump, avait accusé l’agence américaine des médicaments de dissimuler les preuves de l’efficacité de l’ivermectine et de l’hydroxychloroquine). Les études cliniques à grande échelle ont conclu que l’ivermectine ne guérit pas les patients plus vite qu’un placebo, et ne réduit pas les risques d’hospitalisation.
À l’inverse, plusieurs des études préliminaires qui, en 2021, avaient prétendu avoir trouvé un lien, ont révélé contenir des erreurs sérieuses, et même suspectes (comme des colonnes de chiffres identiques d’un patient à l’autre). Plusieurs de ces recherches ont depuis été rétractées.
Ce qui n’est pas prouvé: maladies neurodégénératives
Dans un long billet récemment publié sur son blogue consacré à la désinformation en santé, le Dr Casey Husser, de l’Université du Dakota du Sud, énumérait une série de fausses affirmations sur l’ivermectine, incluant sa prétendue efficacité contre des troubles neurologiques: Alzheimer, Parkinson, et même l’autisme. Il s’agit là, écrit-il, de « la plus stupide » des affirmations, puisque l’ivermectine est, à hautes doses, « neurotoxique ».
À faibles doses, il ne peut pas « traverser » la barrière qui protège notre cerveau (dite hémato-encéphalique), mais s’il fallait que, employé de façon malavisée, il la traverse bel et bien, il pourrait faire des dommages irréversibles —et certainement pas guérir quoi que ce soit. Sur la question du Parkinson, note Husser, une étude a bel et bien été menée, non pas pour voir si le médicament peut guérir, mais pour comprendre les mécanismes par lesquels il agit sur le cerveau: « gardez en mémoire que cette étude a été faite sur des souris transgéniques » que l’on a euthanasiées et dont le cerveau a ensuite été découpé en fines lamelles, « avant d’être exposées à de l’ivermectine ». Ce qui n’est pas vraiment applicable à des humains…
Aux États-Unis, la Fondation sur la recherche de médicaments contre l’Alzheimer a senti le besoin de publier une notice sur l’ivermectine, soulignant qu’il « n’existe actuellement aucune preuve suggérant que l’ivermectine peut prévenir ou ralentir le déclin cognitif ».
Ce qui n’est pas prouvé: en vrac
Husser recense également des affirmations d’influenceurs selon qui l’ivermectine serait bénéfique contre la maladie de Lyme, le diabète, les inflammations ou les maladies cardiovasculaires. Aucune de ces affirmations n’a été testée au-delà des études sur des cellules (dites in vitro) ou sur des animaux et même dans ces cas-là, les résultats sont souvent contradictoires.
Quand le politique s’en mêle
La viralité sur les réseaux sociaux de certaines de ces affirmations, spécialement lorsqu’elles sont relayées par des influenceurs populaires dans l’écosystème de la droite conservatrice, a eu un impact politique qui, lui, est mesurable: aux États-Unis, 27 États ont tenté de voter une loi ou un règlement qui rendrait l’ivermectine disponible sans prescription. Cinq de ces États, dont le Texas, l’ont adopté. Ce qui, considérant la possible toxicité du médicament, pourrait s’avérer dangereux.
En Alberta, en janvier 2025, un rapport qualifié « d’antiscience » par l’association des médecins de l’Alberta, rapport qui avait été commandé par la première ministre Danielle Smith, recommandait des changements aux lois afin que, en cas de future pandémie, les médecins soient autorisés à prescrire des traitements « alternatifs », comme l’ivermectine et l’hydroxychloroquine. Aucun projet de loi en ce sens ne chemine pour l’instant là-bas.
Verdict
Les preuves de l’efficacité de l’ivermectine contre certains types de parasites sont solides. Mais en dépit de nombreuses tentatives, les preuves, partout ailleurs, restent inexistantes. Et une étude sur des cellules est rarement applicable à des humains.





