En 2022, après le retrait des troupes américaines d’Afghanistan et le retour au pouvoir des talibans, les Afghans ont fait état d’un niveau de satisfaction moyenne de 1,28 sur une échelle allant de 0 à 10, c’est-à-dire de la pire vie qui soit à la meilleure existence possible. Et selon les auteurs de cette enquête, il s’agit du résultat le moins enviable de l’ensemble de la planète… et le pire score depuis que ce coup de sonde est effectué.
Les résultats de cette enquête, publiés dans Science Advances, sont clairs, affirment les auteurs de l’étude: il s’agit du pire résultat obtenu dans l’un des 170 pays examinés depuis 1946. Par comparaison, en 2022, le niveau de satisfaction mondial recensé par la firme Gallup était de 5,48.
Les Afghans sont aussi très peu optimistes par rapport au futur. Lorsqu’interrogés à propos de ce à quoi pourrait ressembler leur vie dans les cinq prochaines années, l’espoir est encore plus faible que la satisfaction courante, soit 1,02 sur 10.
« À l’échelle planétaire, les gens s’attendent à ce que leur ordinaire s’améliore. Les gens sont optimistes », souligne Levi Stutzman, du département de psychologie de l’Université de Toronto, et principal auteur de l’étude.
« En Afghanistan, les choses sont particulièrement différentes, puisque les habitants font état d’une très faible satisfaction et d’un espoir encore moins important, ce qui reflète sans doute une détresse profonde, ainsi qu’un désespoir par rapport à la situation dans le pays. »
Toujours au dire de M. Stutzman, « l’étude lève le voile sur le bien-être, la satisfaction d’un peuple qui a été abandonné. Ils ont été abandonnés par les États-Unis et par la communauté internationale, mais aussi par les médias ».
Les chercheurs soutiennent que leurs travaux permettent aussi de comprendre les impacts circonstanciels et structurels – comme la guerre et l’instabilité politique – sur le bien-être subjectif. Ces circonstances avaient précédemment été mises de côté dans le cadre des théories et des modèles sur le bien-être, soutiennent les auteurs, alors que les autres études se penchaient surtout sur des facteurs génétiques et des activités intentionnelles, comme l’exercice physique.
« Notre propre sens du bien-être, notre propre bonheur, cela ne dépend pas seulement de nous. Une grosse partie du portrait est structurel », explique encore M. Stutzman.
Une situation qui se désagrège rapidement
Pour parvenir à leurs conclusions, les chercheurs ont analysé des données d’entrevues réalisées avec des Afghans pendant trois périodes: avant le retrait américain en 2018 et 2019, lors du retrait des États-Unis et lors du premier mois de retour des talibans, en 2021, et après le départ des troupes américaines, en 2022.
En 2018, lit-on dans l’étude, le niveau de bonheur des Afghans était de 2,69 points. Ce résultat n’a pas spécialement diminué en 2021, au cours du retrait américain et du retour au pouvoir des talibans. Mais après la fin du départ des troupes des États-Unis et la consolidation du pouvoir des fondamentalistes, le malheur des Afghans a atteint des sommets inégalés.
Ainsi, en 2022, presque tous les Afghans ont rapporté un indice de bonheur de moins de cinq, et les deux tiers des répondants ont évoqué un total d’à peine un point, voire de zéro.
Les chercheurs précisent toutefois qu’en raison des différences sociales et culturelles, cela ne veut pas dire que personne n’a jamais été moins heureux que les Afghans ayant répondu à cette grande enquête.
Cependant, affirme-t-on, cela témoigne des graves problèmes et de la souffrance généralisée dont souffrent les habitants du pays. Pire encore, en raison du resserrement féodal des règles entourant les droits des femmes, ces dernières ont sans surprise été parmi les personnes les plus affectées, en compagnie des habitants des campagnes.
« Simplement parce que la guerre est finie, cela ne veut pas dire que les problèmes de l’Afghanistan ont été réglés », explique Felix Cheung, professeur adjoint et coauteur de l’étude. « Ce n’est que la première étape dans un très long processus de reconstruction, qui nécessite des investissements dans des domaines tels que la santé, l’alimentation et l’approvisionnement en eau potable, ainsi que dans les infrastructures. »
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