Colombie: quand la paix menace les forêts

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Depuis la fin de la guérilla de longue date en Colombie, de vastes pans de forêt ont rapidement été convertis pour des utilisations agricoles, ce qui porte à croire que l’accord de paix représente une menace pour la préservation des forêts tropicales du pays d’Amérique du Sud, selon une nouvelle étude de l’Université d’État de l’Oregon.

En 2016, la Colombie a officiellement signé un accord de paix qui mettait fin aux 60 ans de guerre civile du pays, qui a largement pris place dans la région des Andes amazoniennes, une forêt tropicale extrêmement diverse sur le plan biologique, et qui représente aussi un corridor biologique essentiel.

Un certain niveau de déforestation était attendu après la conclusion de l’accord de paix, mais une analyse des transferts de terres survenus depuis 30 ans – un terme décrivant les changements en termes de contrôle et d’utilisation de parcelles de terrain – révèle une augmentation de 40% de la conversion de régions forestières en zones agricoles dans la foulée de la fin du conflit.

« Lorsque l’accord de paix a finalement été signé en 2016, c’était le moment de relancer les conversations à propos des terres », mentionne le principal auteur de l’étude, Paulo J. Murillo-Sandoval. « L’accord de paix fait 300 pages et le mot forêt n’y est mentionné qu’à trois reprises. La forêt n’a pas été prise en compte. »

Les conclusions de l’étude, publiées dans Global Environmental Change, soulignent les possibles impacts environnementaux négatifs lorsque les terres changent de main, en plus de mettre de l’avant l’importance d’inclure des conditions concernant la planification forestière dans de futurs accords de paix, soutient l’un des coauteurs de l’étude, le professeur associé David Wrathall.

« Il existe un coût environnemental à la paix qui n’était pas compris auparavant. Ce travail identifie un incroyable besoin en matière de politiques publiques, non seulement en Colombie, mais aussi dans d’autres régions du monde touchées par des conflits armés, comme le Congo ou le Liberia », avance M. Wrathall.

« La gouvernance en matière de conservation inclusive doit être intégrée dans les plans pour la paix. Les gens qui vivent dans les forêts, pendant les conflits, doivent avoir l’opportunité de prendre des décisions à propos de la conservation après l’arrivée de la paix. »

Région unique

La Ceinture de transition des Andes amazoniennes, la région où la chaîne montagneuse des Andes se transforme pour devenir le bassin du fleuve Amazone, est un corridor unique de la forêt tropicale riche en biodiversité. Il s’agit aussi d’une région soumise à une déforestation et à une fragmentation importante de ses habitats naturels.

M. Murillo-Sadoval a utilisé des images satellites, ainsi que des logiciels de cartographie et des techniques de modélisation pour créer et comparer des cartes territoriales annuelles s’étendant de 1988 à 2019.

Le chercheur s’est concentré sur les utilisations les plus fréquentes des terres: l’urbanisation, l’agriculture, les forêts, les prairies, les forêts secondaires – des zones où les arbres ont été coupés, avant de repousser, et l’eau.

Ses collègues et lui-même ont constaté que pendant la période où la guerre faisait rage, l’utilisation des terres est demeurée relativement stable. Mais après la fin du conflit, la conversation des forêts vers des terres agricoles a crû de 40%. Cette transformation s’est produite quasiment exclusivement dans des régions moins peuplées.,

Les chercheurs ont aussi découvert que le couvert forestier a décru de 19% sur les sites situés à moins d’un kilomètre de sites où ont eu lieu des combats, pendant la guerre. Après la paix, cette diminution a atteint les 30%.

« Nous avons carrément découvert que la guerre elle-même avait provoqué la déforestation », affirme M. Wrathall.

Au dire de l’équipe, les changements en termes d’utilisation des terres sont imputables à la lente mise en place de méthode de gouvernance en matière de conservation, l’émergence de marchés des terres illégaux dirigés par des personnes riches et bien placées, et l’utilisation illicite des terres pour des activités telles que l’élevage, ainsi que pour la culture du coca.

« Pendant le conflit, les FARC ont agi comme un gouvernement, en offrant probablement une certaine stabilité pour les terres de la région, en plus d’empêcher les gens d’accéder aux régions où se déroulait le conflit », a poursuivi M. Wrathall. « Après la conclusion de l’accord de paix, les forêts étaient plus sécuritaires, mais se trouvaient aussi dans un vide politique, ce qui a représenté une opportunité pour que les gens riches et connectés puissent s’en emparer. »

« La paix n’est pas une fin en soi. C’est aussi une décision politique et économique. »

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