Biomutant : une belle apocalypse de rongeurs qui manque un tantinet de mordant

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Le Nouveau Monde de Biomutant se meurt. L’espèce dominante a, dans la folie de son indifférence et de son capitalisme sauvage, pollué les mers au point de faire déferler une vague de mutations sur le biome entier. À la manière de la guerre nucléaire d’un Fallout, cette apocalypse industrielle a rendu le Nouveau Monde inhospitalier, parsemé de zones contaminées et peuplé de créatures dont le génome s’entremêle, créant monstres et mutants anthropomorphiques. Mi-hommes, mi-animaux, 100% ninjas furries.

Et dans ce monde, point de bunkers. Ceux qu’on assumera avoir été des humains se sont plutôt envolés, dans des arches interstellaires en quête d’autres mondes à exploiter. La vie, toutefois, trouve toujours son chemin.

De vieilles recettes avec un zeste de nouveauté

Comme dans tout RPG qui se respecte, vous avez le choix entre quelques races et quelques classes à sélectionner en fonction du style de jeu privilégié. La création du personnage est aussi l’occasion de choisir les attributs de base de votre bestiole : force, vitalité, intelligence, agilité, chance et charisme.

Un choix classique, mais amené avec originalité puisque ces attributs sont mis en opposition autour d’un cercle au centre duquel repose un curseur dont on peut ajuster le positionnement en faveur de certains attributs et au détriment de certains autres.

Image: Experiment 101/THQ Nordic

Ce procédé a de notable qu’il modifie la morphologie de votre mutant. Même la taille de son cerveau, et donc de son crâne, est affectée par votre choix.

Avec de nombreuses variables ajustables lors de la création, chaque personnage peut prétendre être unique.

Vos choix initiaux, toutefois, ont une portée limitée dans la mesure où chaque niveau gagné par la suite permet d’améliorer vos attributs en plus de vous fournir des points à investir dans toutes sortes d’habiletés passives et actives, améliorant vos aptitudes au corps à corps, votre maniement des armes à feu ou encore vos combos de Wung-Fu, un art martial acrobatique qui vous a été enseigné par une maman guerrière.

Au cours de l’aventure, le joueur récolte aussi des ressources qui permettent de développer des mutations et des résistances à divers effets environnementaux, mais aussi des pouvoirs psychiques qui ajoutent un peu de variété tactique aux affrontements.

Des combats dynamiques, mais en manque de tension

Les affrontements, qui misent beaucoup sur la mobilité et l’esquive, peuvent être comparés à ceux d’un Devil May Cry ou d’un Nier, entre autres. Ils sont très fluides, encourageant l’alternance entre les armes à distance et au corps à corps ainsi que les combos meurtriers. Visuellement, ils peuvent être assez spectaculaires.

On se sent toutefois rarement en danger. Les attaques des ennemis – tout comme celles du personnage d’ailleurs – causent rarement d’énormes dégâts et laissent généralement le temps de se soigner lorsque les choses se corsent.

La difficulté du jeu s’en retrouve plutôt modeste, bien que certains affrontements rehaussent la barre, notamment en combinant des ennemis aux méthodes d’attaque complémentaires. Des trois niveaux de difficulté disponibles, le plus élevé est à recommander à tout joueur un minimum expérimenté. Ce choix, toutefois, peut être modifié à tout moment.

Notons au passage que l’intelligence artificielle des ennemis ne vole pas haut. Ils cessent rapidement de poursuivre le joueur et il est trop facile d’utiliser les obstacles présents un peu partout, comme des carcasses de voitures, pour séparer des groupes d’ennemis ou les ralentir. Généralement, il est facile de tourner autour d’un adversaire en le criblant de balles.

Une exploration plaisante, faute d’être tape-à-l’œil

Biomutant opte pour un monde ouvert divisé en zones raisonnablement variées à travers lesquelles on peut se déplacer à peu près librement à pied, à l’aide d’une monture ou encore de toutes sortes de véhicules allant du mécha à la motomarine. Comme bien d’autres mondes ouverts, on y retrouve des objets (ici des drapeaux) qui permettent de se téléporter vers un endroit préalablement visité.

Les distances à parcourir lors des quêtes sont raisonnables et le Nouveau Monde regorge d’objectifs secondaires et de babioles en tous genres à récolter, ce qui promeut l’exploration et lui évite de devenir lassante.

Les mutants qui peuplent les zones les moins hostiles ont le mérite d’être variés, faute de bénéficier d’un grand charisme. Ils ne parlent pas, ce qui aurait vraisemblablement coûté trop cher. Ils s’expriment plutôt dans un charabia incompréhensible. C’est grâce à un narrateur qu’on parviendra à les comprendre. Narrateur relativement omniprésent, dont les commentaires ponctuent l’aventure de temps à autre.

Sans être un mauvais choix, cela contribue à rendre la plupart des interlocuteurs génériques et peu attachants. D’autant que l’écriture est simple, malgré des touches d’humour et des clins d’oeil qui feront parfois sourire.

Du point de vue technique, le jeu est graphiquement décent sans être époustouflant. Son long développement (débuté en 2015) y est possiblement pour quelque chose, mais on aura déjà vu le Unreal Engine 4 poussé plus loin.

En revanche, la direction artistique est un point fort. Le Nouveau Monde a assurément un certain cachet et sa personnalité propre aux airs de dessin animé. On prend plaisir à y jouer les touristes malgré un jeu de lumière en retrait et un certain manque d’endroits à la vue spectaculaire.

Comparé à The Legend of Zelda: Breath of the Wild par ses créateurs, mais aussi comparable à l’univers d’un Horizon Zero Dawn, le Nouveau Monde de Biomutant est un univers coloré où la nature se bat pour reprendre ses droits.

Un système d’artisanat digne de mention

Parmi les objets à ramasser dans des caisses et autres boîtes, on trouve des babioles qui permettent d’améliorer les statistiques de notre armure ou encore de nos armes, mais également des pièces qui nous permettent de créer des armes sur mesure. Un manche long, une lame de couteau et une tête de scie, par exemple, peuvent devenir une hache meurtrière.

Les pièces éparpillées à travers le monde sont aussi variées qu’originales. Une brocheuse ou une perceuse peuvent par exemple servir de poignée à un fusil, alors que celle d’un hachoir peut être une pomme de douche téléphone. C’est, en fait, dans l’artisanat que Biomutant assume le plus son côté déjanté.

Un classique du genre dont on ne se lasse pas et qui ouvre la porte à la créativité: après l’apocalypse, on fabrique des flingues avec des brocheuses et des aspirateurs. On fait avec les moyens du bord.

Tout blanc, tout noir… avec une touche de vert

Cette éco-apocalypse dont il a été question d’entrée de jeu menace l’arbre de vie, qui porte bien son nom puisque la survie du Nouveau Monde en entier dépend de sa subsistance, mise en péril par des monstres « dévoreurs de monde » qui s’attaquent à ses racines. Dans le jargon, ils sont ce qu’on appelle des « boss ».

C’est d’ailleurs le thème central de la trame narrative, qui se veut relativement simple dans la mesure où il s’agit d’une fable écologiste dont on vous laisse le choix de la morale finale en vous demandant, tout au long de l’aventure, de prendre le parti de « l’ombre » ou de « la lumière ». Ces deux côtés du Yin et du Yang sont incarnés par des bestioles aux allures de peluches, rares interlocuteurs dotés de leur propre voix.

Optez pour la lumière en début de partie et on vous encourage à vous allier à une tribu bienveillante qui cherche à protéger l’arbre de vie pour restaurer le Nouveau Monde. Optez pour l’ombre et on vous envoie plutôt vers un clan de guerriers qui croient que le monde doit mourir pour pouvoir renaître.

Il incombe au joueur, après ce choix, d’imposer au Nouveau Monde la vision à laquelle il adhère.

Verdict

Un bon premier jeu pour le studio suédois Experiment 101, fondé en 2015 par des anciens de chez Avalanche Studio ayant beaucoup travaillé sur la série Just Cause. Sans être révolutionnaire, Biomutant sait offrir une aventure agréable qui peut vous divertir pendant une dizaine ou une douzaine d’heures au strict minimum, mais facilement le double si vous prenez la peine de compléter les quêtes secondaires. L’impact concret des choix du joueur lui confère aussi une rejouabilité plus que décente.

7 ratons mutants sur 10

Biomutant

Développeur: Experiment 101

Éditeur: THQ Nordic

Plateformes: Windows, Xbox One, Xbox Series X/S, PlayStation 4, PlayStation 5 (testé sur Windows / Steam)

Jeu disponible en français

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