La maladie de l’amour avec Long Weekend

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Il ne faut pas s’attendre au nouveau (500) Days of Summer en écoutant Long Weekend, qui s’amuse allègrement avec la romance indie, mais n’en déplaise à un revirement saugrenu et décidément inattendu qui est à prendre ou à laisser, il y a quand même assez de charmes pour se laisser un peu berner.

Peut-on résister à Zoe Chao? C’est la question que le film semble poser, alors qu’on attribue tout plein de drapeaux rouges à son énigmatique personnage qu’est Vienna qui, dans toute relation dite « normale », seraient à questionner, mais dans un long-métrage autant que dans la vraie vie, rares sont les relations qui s’en tiennent aux conventions. Et dieu merci, il fait un grand bien de voir cette charismatique actrice enfin trouver un grand rôle où elle peut user pleinement de tous ses charmes pour séduire. Il y a un moment musical, d’ailleurs qui restera agréablement en tête quand on repensera au film.

Plus convenu, Finn Wittrock joue Bart, le jeune perdu et romantique, voire vulnérable, typique de ce genre de films qui se trouve également finalement à l’avant-plan. Et dans une vue d’ensemble, cette première proposition autant à l’écriture que la réalisation pour Stephen Basilone est loin d’être désagréable. Le rythme est assuré, sans trop s’allonger sur son heure et demie, les jolies images de Felipe Vara de Rey caressent le regard, il y a une trame sonore qui égaiera les mélomanes rêveurs et du romantisme à revendre.

On peut aussi compter sur des noms intéressants dans les petits rôles, alors que Basilone renoue avec les comédiens des téléséries auxquelles il a participé (en tant que producteur, scénariste ou les deux) de Casey Wilson et Damon Wayans Jr., qu’il a croisé sur Happy Endings, à Jim Rash, connu surtout pour Community, et jusqu’à Wendi McLendon-Covey, avec qui il a travaillé sur The Goldbergs.

Toutefois, ce qui vient surprendre, c’est évidemment le revirement dont on ne gâchera pas la tenue. Il faut seulement avouer que cette tendance à associer l’amour et la romance aux maladies mentales devient de plus en plus préoccupante. D’une part on y sent les répercussions de toute une génération qui est resté marquée par l’intemporel et extraordinaire Eternal Sunshine of the Spotless Mind et d’une autre, l’incapacité de pouvoir voir la romance du septième art comme quelque chose de purement « réel » ou même plausible.

On a d’ailleurs eu, dans la dernière année, au moins deux films qui mélangeaient romance et schizophrénie (Words on Bathroom Walls et I Met a Girl) ce qui, malgré cette décision rafraîchissante d’ancrer la romance dans des problèmes réels tout en lui insufflant juste assez de poésie pour faire rêver, devient une association de plus en plus particulière. Dès le départ, c’est d’ailleurs la première chose qui est établie: la détresse psychologique du protagoniste et son passé mouvementé et récent.

Il y aussi que le film ne semble jamais assumer pleinement son audace et sa révélation tournant beaucoup de coins un peu rond et laissant passer beaucoup trop de détails pour que l’ensemble culmine véritablement en quelque chose de crédible. Néanmoins l’idée demeure et, si on se défait de ce qui est superflu, on peut compter sur la chimie des deux interprètes et les flammèches qui opèrent lorsqu’on préfère s’en tenir à l’aspect romantique du tout. Un film devrait d’ailleurs mieux développer cette jolie idée de danser dans le noir.

Il faut aussi avouer que l’approche intimiste et aux abords presque banals face au changement de direction à mi-chemin, malgré les quelques indices modérés qu’on lance ici et là dans des répliques clés trop moindres, ne fusionnent pas exactement bien ensemble pour qu’on en accepte le tout avec fluidité, l’inverse de ce que Safety Not Guaranteed réussissait, par exemple. Il aurait fallu aller vers quelque chose de plus grandiloquent, comme un certain Stranger Than Fiction, qui jonglait avec l’insensé (de par sa prémisse) et le très terre-à-terre (de par ses thèmes) avec maestria, ou mieux développer l’idée et tout ce qui relie concrètement parlant. Ce, même si on accepte qu’on ne prend pas la peine de tout surexpliquer et même de laisser une fin ouverte et très libre d’interprétation qui ravira ou mettra en colère les spectateurs.

Peut-être que pour certains l’œuvre proposée deviendra culte pour sa certaine originalité; pour les autres, il s’agira d’une jolie romance (sur plusieurs différents aspects) qui s’écoutera à défaut de marquer les esprits. Surtout qu’en insufflant un deuxième revirement saugrenue vers sa conclusion, le long-métrage pousse un peu trop sa chance.

On regrette de ne pas retrouver aucuns suppléments sur le DVD, puisqu’on aurait certainement voulu plonger un peu plus en profondeur dans la psyché de son créateur surtout compte tenu de plusieurs choix particuliers qui se retrouvent dans son film.

Long Weekend est donc une belle curiosité, qui s’avère tout à la fois meilleure que bien des propositions parmi la farandole de films romantiques, mais un peu inférieur face à un peu trop de confusions qui tour à tour forment sa singularité et ses faiblesses.

6/10

Long Weekend est disponible en DVD via Sony Pictures dès le mardi 25 mai.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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