Littérature – La grande libération de la petite culotte

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Parler de sexualité n’est pas facile. Du moins, bien parler de sexualité: en comprendre les véritables tenants et aboutissants, déterminer ce qui fonctionne, ce qui cause de la peine ou de la douleur, que celle-ci soit physique ou mentale… Composante intrinsèquement liée à l’existence humaine, la sexualité demeure incomprise, nébuleuse, voire toxique pour certains. Dans l’essai Libérer la culotte, par récemment aux Éditions du remue-ménage, un groupe d’autrices tentent d’y voir plus clair. Pour elles-mêmes, d’abord. Mais aussi un peu pour nous.

Sous la direction de Geneviève Morand et de Natalie-Ann Roy, qui signent eux aussi des textes dans ce recueil, Libérer la culotte se lit peut-être davantage comme une opération cathartique qu’autre chose. Les femmes y sont libres de parler de leur vision de la sexualité, voire de l’absence de vie sexuelle, de la façon dont elles le souhaitent que ce soit sous la forme d’un témoignage traditionnel, d’un poème, d’un coup de gueule bien senti, etc.

Pour ce journaliste, la lecture de Libérer la culotte est parfois difficile. Non pas parce que les propos sont particulièrement inattendus – après tout, les récits d’agressions sexuelles, de viols ou d’autres traitements dégradants, honteux ou encore criminels sont hélas légion –, mais parce que l’intériorisation de ces événements traumatisants a généralement eu un impact majeur sur le vécu des femmes qui livrent ici leurs expériences, leurs drames, leurs espoirs et leurs peines.

Deux forces se dégagent peu à peu des pages de l’essai: d’abord, une frustration croissante, voire une colère pure, envers ces gens – presque toujours des hommes, soyons honnêtes –, qui maltraitent, dénigrent, agressent et violent.

Ensuite, le regard se tourne inévitablement vers la société, une société où la masculinité et la féminité sont généralement toxiques, et entraînent l’émergence de comportements malsains qui sont parfois considérés à la fois comme devant être excisés du sein d’une communauté « normale » et comme étant secrètement désirables. La dichotomie sainte/salope en est un bon exemple, mais le livre déborde de ces cas où il est prouvé, encore et encore, qu’il semble particulièrement difficile d’exister sainement dans un monde où les interactions sociales s’appuient sur des normes si strictes qu’elles en provoquent généralement de la détresse.

Il faut forcément saluer la détermination et le courage de ces femmes qui ont osé s’exprimer, osé coucher sur papier ce qu’elles ressentent, ce qu’elles vivent, ce qui brûle en elles. Libérer la culotte n’a possiblement pas été conçu comme un appel au dialogue – plutôt comme un cri dans la nuit, peut-être –, mais les témoignages qu’il contient sont essentiels pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de toutes les facettes de l’existence, y compris la sexualité, ce grand tabou pourtant utilisé à toutes les sauces. Une lecture complexe, mais essentielle.

Libérer la culotte, sous la direction de Geneviève Morand et Natalie-Ann Roy. Publié aux Éditions du remue-ménage, 227 pages.

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À propos du journaliste

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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