Y a-t-il un « vaccin » cubain contre le cancer? Pas tout à fait…

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Des scientifiques cubains auraient découvert le traitement ultime contre le cancer? Bien avant la COVID-19, cette affirmation revenait de façon récurrente sur les réseaux. Le Détecteur de rumeurs est retourné à la source.

L’origine de la rumeur

Le site de vérification de faits Snopes décrivait la rumeur en 2017. Un reportage du New York Times parlait en 2016 de patients américains pressés d’aller se faire traiter à Cuba. Et un reportage du réseau de télé CTV parlait en 2018 de patients canadiens eux aussi intéressés. Un texte du site d’information en santé Medscape faisait remonter l’existence du « vaccin » à 2011. Ici et là, on peut lire des allégations à l’effet que ce vaccin cubain « contre le cancer » aurait guéri des milliers de personnes.

Il faut par ailleurs rappeler que l’État cubain a développé au fil des décennies une expertise méconnue dans le secteur des biotechnologies.

S’agit-il d’un vaccin?

Un institut de recherche cubain, El Centro de Inmunología Molecular, a bel et bien développé un médicament contre le cancer du poumon (et non contre toutes les formes de cancer): CIMAvax-EGF. Ce n’est toutefois pas un vaccin comme on l’entend habituellement, c’est-à-dire qu’il ne permet pas de prévenir l’apparition de la maladie.

Le traitement consiste à injecter au patient cancéreux une protéine synthétisée en laboratoire afin que son système immunitaire produise des anticorps contre ce qu’on appelle le facteur de croissance épidermique (EGF): il s’agit d’une molécule dont les cellules cancéreuses ont besoin pour croître. En diminuant la présence d’EGF dans le sang, ces anticorps stopperaient donc la progression de la tumeur.

Le CIMAvax-EGF est utilisé principalement comme traitement de maintien après une première chimiothérapie, chez les patients atteints d’un type de cancer très particulier: le cancer du poumon dit « non à petites cellules ». Certains chercheurs croient toutefois qu’il pourrait éventuellement être employé contre d’autres cancers comme celui de la prostate, de la vessie, du sein, du pancréas, du colon, ou ceux affectant la tête et le cou.

Ce médicament guérit-il le cancer?

CIMAvax-EGF a fait l’objet de plus d’une dizaine d’essais cliniques dans les 20 dernières années, surtout à Cuba, où il est désormais commercialisé dont des études de phases 2, 3 et 4. Une étude de phase 3 menée sur 405 patients a conclu en 2016 que ceux qui avaient reçu quatre doses du médicament avaient une survie plus longue que ceux qui n’avaient pas reçu le traitement.

On ne parle toutefois que d’une mince différence, la durée moyenne de survie passant de 9 à 12 mois. Chez ceux qui survivent cinq ans, le taux de survie passait de 6% chez les patients non traités à 17% chez ceux qui avaient reçu quatre doses de CIMAvax-EGF.

Par conséquent, le CIMAvax-EGF semble pouvoir prolonger légèrement la vie des patients cancéreux, mais il ne les guérit pas. De plus, des chercheurs italiens se sont penchés en 2018 sur la littérature existante et ont conclu que les données disponibles n’étaient pas suffisantes pour le recommander aux stades avancés de cancer du poumon non à petites cellules.

Où le médicament est-il disponible?

Le CIMAvax-EGF est accessible aux Cubains depuis 2011. Il est également approuvé pour le traitement du cancer du poumon en Argentine, en Colombie, au Paraguay, au Pérou, en Bosnie-Herzégovine et au Kazakhstan.

Ce médicament n’est pas disponible au Canada et aux États-Unis, puisqu’il n’a pas reçu l’approbation de Santé Canada ou de la FDA. Dans le cas américain, de plus, l’embargo sur les échanges avec Cuba complique les choses. Toutefois, en 2018, le gouverneur de l’État de New York avait annoncé un partenariat entre le Roswell Park Cancer Center de Buffalo et le Centro de Inmunología Molecular de La Havane, qui pourrait éventuellement mener à l’approbation du médicament.

Le Roswell Park Cancer Center avait démarré en 2017 des essais cliniques sur le CIMAvax-EGF. Cet institut a publié en 2019 les résultats de la phase 1 qui démontrent que le médicament est sécuritaire. Des essais de phase 2 pour documenter son efficacité sont en cours et l’étude devrait être complétée en 2023. L’institut affirme que le médicament aurait été utilisé à ce jour pour traiter plus de 5000 patients à travers le monde.

Verdict

Des chercheurs de Cuba ont bien développé un médicament pour traiter certaines formes de tumeurs du poumon, mais il ne s’agit pas d’un vaccin à proprement parler: il ne pourrait pas prévenir ces cancers.

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Agence Science-Presse

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