Les communautés racisées plus touchées par la pollution de l’air

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Plusieurs études démontrent que les personnes membres de communautés racisées étaient exposées de façon disproportionnée à la pollution de l’air aux États-Unis. Cependant, il n’était pas possible de déterminer si cette exposition inégale était liée à une poignée de sources d’émission, ou si les causes étaient davantage systémiques. Une nouvelle recherche révèle que cette disparité avec les populations blanches est plutôt alimentée par presque toutes les sources polluantes.

Ces travaux, dirigés par Christopher Tessum, professeur de génie civil et environnemental à l’Université de l’Illinois, sont publiés dans Science Advances.

« Les organisations communautaires vivent et militent contre l’injustice environnementale depuis des décennies », affirme M. Tessum. « Notre étude contribue à un corpus déjà important de preuves, avec la nouvelle conclusion qu’il existe non pas une source de pollution atmosphérique, ou un petit nombre de sources, qui expliquent cette disparité. La disparité est plutôt provoquée par presque toutes les sources. »

L’équipe de recherche a utilisé un modèle de calcul de la qualité de l’air pour analyser des données fournies par l’Environmental Protection Agency, l’agence environnementale fédérale américaine, qui recense plus de 5000 sources d’émissions polluantes, y compris les industries, l’agriculture, les centrales électriques au charbon, les véhicules au carburant léger et lourd, les véhicules au diesel, les véhicules et l’équipement tout-terrain, l’industrie de la construction, les sources résidentielles, la poussière soulevée sur les routes et d’autres sources de moindre envergure. Chaque source de pollution étudiée contribue à la production de particules fines dans l’air, soit des particules de moins de 2,5 micromètres de diamètre, indique l’étude.

Pour identifier les tendances en matière d’exposition à la pollution de l’air, en association avec l’ethnicité et le niveau de revenu, les chercheurs ont combiné les tendances en matière de dispersion de la pollution contenues dans leur modèle de qualité de l’air avec les données du recensement résidentiel fournies par le gouvernement américain dans la foulée du recensement. Le tout dans l’objectif d’identifier des différences en termes d’exposition, toujours en lien avec l’ethnicité et le niveau de revenu.

Selon les chercheurs, en vertu des données du recensement de 2014 aux États-Unis, l’exposition aux particules fines en provenant de la majorité des sources d’émission est plus importante pour les personnes racisées et plus faible pour les Blancs. Les données précisent que les populations blanches sont exposées à des concentrations plus faibles que la moyenne provenant de sources d’émission représentant 60% de l’exposition totale aux particules. À l’opposé, les personnes racisées sont exposées à une concentration plus élevée que la moyenne provenant de sources représentant 75% de l’exposition totale au même genre de particules.

Cette disparité existe aux niveaux municipal, régional (étatique) et fédéral pour les gens appartenant à toutes les classes économiques.

Racisme systémique

« Les inégalités que nous signalons résultent d’un racisme systémique: avec le temps, les personnes racisées et la pollution ont été combinées ensemble, non pas seulement dans quelques cas, mais pour presque tous les types d’émissions », affirme Julian Marshall, coauteur de l’étude et professeur en génie civil et environnemental à l’Université de Washington.

Toujours selon les chercheurs, les disparitions en matière de pollution de l’air découlent d’une série de causes plus systémiques de ce qui était compris auparavant.

« Nous avons été frappés par la façon dont ces disparités systémiques existent pour les personnes racisées, non seulement dans certains quartiers, mais à tous les niveaux aux États-Unis », affirme un autre coauteur, Joshua Apte, lui aussi professeur en génie civil et environnemental, mais cette fois à l’Université de Californie à Berkeley. « Ce problème existe dans les zones urbaines et rurales, dans plusieurs régions distinctes des États-Unis, et pour les gens vivant dans presque toutes les villes américaines. »

« Cette nouvelle étude ajoute du contexte à nos précédentes recherches, qui ont démontré qu’une consommation disproportionnée de biens et services – qui est une cause sous-jacente de pollution – renforce l’exposition des gens racisés à la pollution de l’air », affirme Jason Hill, professeur de génie en bioproduits et biosystèmes à l’Université du Minnesota.

L’étude a cependant quelques zones d’ombre, reconnaissent les chercheurs. Les travaux portent ainsi sur les concentrations de particules fines où les gens résident, et ne tiennent pas compte des variables liées à la mobilité, l’accès aux soins de santé et aux taux de mortalité et de morbidité, entre autres facteurs.

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