Fukushima, 10 ans après: la radiation est presque partie, mais pas l’inquiétude

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La décision des autorités japonaises de vider dans l’océan plus d’un million de tonnes de l’eau radioactive qui est entreposée dans des réservoirs depuis l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima, a éclipsé une autre réalité: dix ans après cet accident, la région recommence à se peupler.

Le mois dernier, à l’occasion de ce 10e anniversaire, plusieurs médias ont montré que certaines des villes de ce qui était jadis la « zone d’exclusion » ne sont plus les villes-fantômes qu’on imagine. Futaba par exemple, à l’intérieur de la limite des 20 km, permet désormais le retour des anciens résidents. Et juste au-delà de cette limite des 20 km, les hôtels de Naraha, qui avaient eu pendant un temps le monopole de l’accueil des équipes de décontamination et de construction, ont de plus en plus de concurrence, rapporte le New Scientist.

La difficulté n’est pas tant d’attirer des nouveaux venus que d’attirer les anciens résidents: plusieurs, depuis 10 ans, ont recommencé leur vie ailleurs.

Il existe certes des zones qui ne seront pas ouvertes aux humains avant 10 ou 20 ans. Mais il en existe d’autres qui ont atteint depuis longtemps un seuil sécuritaire: par exemple, l’iodine-131 a une demi-vie de seulement huit jours et le caesium-134, de deux ans.

En fait, selon une étude publiée en 2016, les efforts de décontamination d’une ville voisine n’avaient eu aucun effet mesurable sur la diminution des niveaux de radiation: la météo, de même que le cycle normal de désintégration des atomes, avaient plutôt fait le gros du travail.

Ce qui retardait la « réouverture » n’était pas la radioactivité, mais la construction des murs anti-inondations: un travail colossal qui court désormais sur 400 km le long de la côte et fait par endroits la hauteur d’un édifice de quatre étages.

Un rappel comme quoi la cause des 19 000 morts du 11 mars 2011, ce n’était pas la fuite à la centrale nucléaire, mais le tsunami qui avait enveloppé la région sur des kilomètres.

Or, une partie de l’eau qui dort dans plus d’un millier de réservoirs, vient de ce funeste 11 mars 2011 et de ses suites. C’est celle qui servait au refroidissement des réacteurs, qui avait dû être pompée et avait donc été en contact avec des matières radioactives. C’est celle qui continue d’être injectée pour refroidir les réacteurs encore en cours de décontamination, et qui doit être régulièrement pompée et remplacée. Les réservoirs approchent de leur pleine capacité, et il y a des années que les autorités japonaises retardent le moment où cette eau devra être évacuée dans l’océan. Après une décennie, les niveaux de matières comme le tritium sont trop faibles pour être considérés une menace pour la vie marine, mais cela ne rassure pas pour autant les pêcheurs, ni les agriculteurs qui vivent à proximité de la côte.

Il reste que, selon un rapport spécial du Comité scientifique des Nations unies publié en 2013, aucune maladie liée aux radiations n’était prévue à long terme chez les plus de 150 000 personnes qui avaient été évacuées. Depuis, un consensus s’est dégagé chez les médecins locaux: l’évacuation a eu, sur la santé physique et mentale, un impact beaucoup plus grand que la radiation.

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Agence Science-Presse

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