Un Carmen peu convaincant

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Présenté et enregistré à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des arts, en 2019, l’opéra Carmen, de Bizet, produit par l’Opéra de Montréal, est désormais disponible en webdiffusion.

Cette version, mise en scène par le cinéaste québécois Charles Binamé, est appuyée par l’Orchestre métropolitain et les Petits chanteurs du Mont-Royal. Dans les rôles-titres, on retrouve la mezzo-soprano Krista de Silva, Carmen; le ténor Antoine Bélanger, Don José; la soprano France Bellemare, Micaëla et le baryton Christopher Dunham, dans le rôle d’Escamillo, le ténébreux torero.

Les décors riches, mais point trop encombrés sont bien mis en valeur par des éclairages aux multiples nuances. Le travail de l’orchestre est tout à fait à la hauteur de cette œuvre où le drame et la passion côtoient l’insouciance et la joie débridée. Des contrastes qui sont bien exprimés par une mise en scène souple et pleine de vie. Ici, point de scènes qui paraissent interminables parce que rien ne bouge. Jusque-là, tout va bien pourrait-on croire. Mais c’est la direction d’acteurs et l’interprétation gestuelle des deux principaux protagonistes qui gâtent la sauce. En effet, Carmen est une femme forte et libre, ce que rend très bien Krista de Silva. Mais, elle est aussi sensuelle et c’est en partie pour ça que tous les hommes en sont épris. Hélas, cette sensualité est pratiquement absente chez de Silva. Elle apparaît raide et cassante dans ses mouvements alors que son regard, presque toujours dirigé vers la salle, semble dire que son esprit se trouve ailleurs. Ce hiatus entre ce qui est attendu et ce qui est livré nous fait un peu oublier les qualités vocales de la mezzo-soprano et c’est dommage.

Quant à Don José, interprété par Antoine Bélanger, on peut difficilement oblitérer sa performance vocale, tant il a du coffre, du souffle et de l’assurance. Mais cette assurance semble se limiter à l’aspect musical de son rôle, car son jeu ne vaut pas mieux que celui de Krista de Silva. Décidément, l’aspect théâtral de cet opéra n’est pas bien soutenu par aucune des deux vedettes.

Retenons plutôt les excellentes performances, surtout vocales, mais aussi dans le jeu, de Christopher Dunham et France Bellemare. Cette dernière étant particulièrement émouvante dans son rôle d’amoureuse éperdue, mais pas sotte du tout.

Si on met de côté les failles dans le jeu d’acteur, cette production demeure tout à fait agréable à regarder et surtout à écouter. Elle restera disponible en webdiffusion jusqu’au 19 mars 2022.

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À propos du journaliste

Martin Prévost

Martin Prévost fréquente la scène culturelle montréalaise depuis plus de trente ans. À titre de chroniqueur culturel, il a collaboré au magazine Paraquad durant deux ans et il est un fidèle de Pieuvre.ca depuis ses débuts. Ses intérêts vont du design à la danse contemporaine en passant par les arts du cirque, la musique du monde, la littérature, le théâtre, les arts visuels et le cinéma. Musicien amateur, il consacre la plupart de ses interventions pour Pieuvre.ca à la musique classique, de la musique de chambre à l’opéra.

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