La menace du variant brésilien

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Avec 60 à 80% des patients aux soins intensifs à Sao Paulo maintenant âgés de 30 à 50 ans, l’épidémie a pris un nouveau visage. Et les morts s’accumulent: mardi dernier, le Brésil avait à lui seul un tiers des décès attribués à la COVID-19 sur l’ensemble de la planète.

Un système de santé qui se dit au bord de l’effondrement, des hôpitaux qui débordent, des cadavres qui s’accumulent en attendant de pouvoir être transportés… Ce sont des scènes qu’on a vues l’an dernier dans le nord de l’Italie ou à New York. L’évolution des chiffres ces dernières semaines au Brésil rendait ces scènes prévisibles.

Mais le fait que cela survienne en partie à cause d’un variant, plus contagieux que la souche « classique » du coronavirus, et vraisemblablement capable de réinfecter des gens qui avaient déjà été atteints l’an dernier, fait craindre des scénarios similaires dans d’autres pays, spécialement là où la vaccination progresse trop lentement. « Ce n’est plus juste à propos du Brésil », alertait il y a deux semaines le directeur de l’Organisation mondiale de la santé. « Si nous perdons le contrôle sur [le variant]P1, ça va mettre le monde en danger » ajoute l’épidémiologiste américain Eric Feigi-Ding.

Coronavirus - Décès USA, UE et Brésil - 2021

Source: Financial Times

Le variant P1 a été observé jusqu’ici dans 25 pays dont le Canada (principalement la Colombie-Britannique) et, en date du 23 mars, dans 18 États américains, y compris à New York.

Le variant ne doit peut-être pas porter tout le blâme au Brésil: les mesures de distanciation et le port du masque ont été mises de côté ces derniers mois, reprochent les épidémiologistes, particulièrement chez les jeunes adultes. Le président Bolsonaro lui-même n’a jamais cessé de minimiser les risques et même de se moquer de ceux qui portent des masques.  Au point où, rapporte NPR, le reconfinement annoncé ce mois-ci par la mairesse de la petite ville de Palmas lui a valu des menaces de mort.

Conséquence palpable: alors que lors de la première vague, les soins intensifs étaient surtout occupés par des aînés, on compte de plus en plus de patients dans la trentaine et la quarantaine, sans préconditions, rapporte un reportage de l’Agence France-Presse.

Et ça se reflète dans les décès. À la fin de 2020, les 30 à 60 ans représentaient un décès sur cinq au Brésil. Ils seraient à présent un sur quatre, selon le ministère de la Santé.

Quant au variant P1, les données à son sujet commencent à peine à rentrer. Selon une étude brésilienne prépubliée le 5 mars, il pourrait être jusqu’à 2 fois et demi plus contagieux — ou 150% — soit, si cela devait se confirmer, au-dessus des estimations déjà pessimistes qui le voyaient « seulement » deux fois plus contagieux. En comparaison, le variant britannique est estimé n’être « que » de 40 à 60% plus contagieux.

La même étude brésilienne estime un risque de réinfection de 6,4%, soit une personne sur 16. D’autres estimations ont évalué un risque de réinfection beaucoup plus élevé.

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Agence Science-Presse

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