Variants à l’affût

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En dépit de la campagne de vaccination en cours en Grande-Bretagne, le nombre d’hospitalisations et de décès liés à la COVID-19 pourrait, en 2021, y dépasser le total de 2020, si les mesures de confinement sont levées trop vite, selon une évaluation des effets du variant britannique publiée mercredi.

D’emblée, les données continuent d’attribuer à ce variant, appelé B.1.1.7, un taux de transmissibilité de 40 à 90% plus élevé. Autrement dit, dans des circonstances comparables à la souche « classique » du coronavirus —même lieu de travail, par exemple— le variant contaminerait entre 40 et 90% plus de gens. La marge d’erreur est grande, mais même le scénario optimiste — 40% — n’est pas de nature à rassurer les auteurs de la recherche, parue dans la revue Science: en date du 15 février, ce variant était observé dans 95% des tests positifs de dépistage du coronavirus réalisés en Angleterre (mais pas dans les autres provinces de l’île britannique).

Le variant britannique continue d’être jugé comme n’étant pas plus mortel que la version « classique ». Mais même avec un taux de mortalité similaire (moins de 1%), un nombre accru de cas finirait, statistiquement, par entraîner davantage d’hospitalisations, et davantage de décès.

Au Québec, on note que le nombre d’hospitalisations est à la baisse depuis la mi-janvier. En revanche, la mesure des épidémiologistes appelée le taux de reproduction, désigné par la lettre R, est légèrement en hausse: alors qu’un R égal à 1 signifie que chaque personne contaminée transmet le virus, en moyenne, à une autre personne, et que le R était redescendu jusqu’à 0,78 à la mi-janvier, il était à 0,93 le 19 février (plus récente donnée disponible).

Au Danemark, où le variant B.1.1.7 est également devenu dominant (comme en Angleterre), on lui attribue en ce moment un risque plus élevé de 64% de cas graves, donc d’hospitalisations, selon des données publiées là-bas le 24 février.

L’un des auteurs de la recherche britannique, l’épidémiologiste Nick Davies, note sur Twitter que 42 000 personnes sont mortes du coronavirus au Royaume-Uni pendant les deux premier mois de 2021, un nombre égal aux huit premiers mois de la crise en 2020 (mars à octobre). Il se dit convaincu que « le gros de ces pertes aurait pu être évité sans le B.1.1.7 ».

Rien n’indique que les vaccins soient moins efficaces contre le variant britannique. Des données préliminaires laissent croire à une efficacité réduite contre les variants sud-africain et brésilien, et ce dernier fait d’ores et déjà des ravages, notamment dans la région de Manaus, qui avait été durement touchée pendant la première vague. BIen que la résurgence du virus dans l’ensemble du Brésil ne puisse pas être attribuée au seul nouveau variant, les 1700 morts de mardi représentaient le chiffre le plus élevé depuis le début de l’épidémie.

Mais même des vaccins efficaces contre un variant ne signifient pas qu’on a fini d’entendre parler de mutations: la nature même d’un virus étant de subir des mutations, plus il infecte un nombre élevé de gens, et plus les risques qu’apparaisse quelque part un nouveau variant sont élevés. Ou bien les risques qu’un variant plus coriace, déjà présent dans une région, se mette à se répandre très vite par l’intermédiaire de gens qui n’ont pas encore été vaccinés: aux État-Unis, c’est là le risque d’une « quatrième vague » qu’évoquent depuis quelques semaines des experts qui en appellent à la prudence devant ces données internationales.

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Agence Science-Presse

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