La Terre, une machine à purifier 42 millions de tonnes de déchets biologiques par an

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La première évaluation, à l’échelle mondiale, du rôle joué par les écosystèmes pour offrir des services de traitement des eaux usées a révélé que la nature fournit au moins 18% de ces services dans 48 villes à l’échelle du globe, selon des chercheurs du Royaume-Uni et de l’Inde.

Les travaux, publiés dans l’édition du 19 février de One Earth, avancent que plus de deux millions de mètres cubes d’eaux usées (urine et matières fécales) produites dans les villes sont traitées chaque année sans infrastructures. Cela comprend des latrines à ciel ouvert dont les déchets traversent lentement le sol – un procédé naturel qui permet de purifier ces mêmes déchets avant qu’ils n’atteignent la nappe phréatique.

« La nature peut, et va effectivement jouer le rôle d’installations sanitaires », affirme Alison Parker, une spécialiste du traitement des eaux à l’Université Cranfield, au Royaume-Uni, et l’une des auteures de l’étude. « Si nous ne réduisons pas le rôle vital des infrastructures humaines, nous croyons qu’une meilleure compréhension de la façon dont les installations humaines et naturelles interagissent entre elles pourrait permettre une meilleure conception et gestion, réduire les coûts, et améliorer l’efficacité et la durabilité, en plus de permettre de préserver ces espaces naturels. »

Les infrastructures de traitement des eaux usées qui convertissent l’urine et la matière fécale en des produits inoffensifs sont un outil important pour protéger la santé de l’humanité. Cependant, plus du quart de la population mondiale n’avait pas accès aux services sanitaires de base, en 2017, et 14% utilisait des toilettes dont les déchets étaient « traités » sur place.

Si une partie de ces déchets peuvent être dangereux pour les habitants, de précédentes études portent à croire que les zones humides et les mangroves, par exemple, fournissent des services de traitement efficaces. En Ouganda, les terres marécageuses du Nakivubo traitent les eaux usées de plus de 100 000 foyers, protégeant la baie de Murchison et le lac Victoria contre les contaminants délétères, tandis qu’aux États-Unis, les terres humides du golfe du Mexique retirent l’azote des eaux du fleuve Mississippi, rappellent les chercheurs.

« Nous avons réalisé que la nature doit fournir des services sanitaires, puisque tant de gens, dans le monde, n’ont pas accès à des infrastructures artificielles comme les égouts », ajoute Simon Willcock, de l’Université Bangor, et lui aussi coauteur de l’étude. « Mais le rôle de la nature était largement méconnu. »

Pour mieux comprendre comment les écosystèmes naturels traitent les déchets, l’équipe internationale a quantifié les écosystèmes de traitement des eaux usées de 48 villes regroupant environ 82 millions de personnes, le tout à l’aide de données combinant des entrevues, des observations formelles et informelles, ainsi que des mesures directes, sur le terrain, pour documenter le flot de matières fécales dans des métropoles et des villes.

Les chercheurs se sont appuyés sur des données remontant à décembre 2018, et se sont concentrés sur les déchets se retrouvant dans des fosses à ciel ouvert, ou des fosses septiques souterraines, mais qui ne représentaient pas un risque pour les eaux souterraines, entre autres parce que la nappe phréatique est trop profonde.

M. Willcock et ses collègues estiment, de façon conservatrice, que la nature traite ainsi 2,2 millions de mètres cubes de déchets humains par année, dans l’ensemble de ces 48 villes. Puisque plus de 892 millions de personnes, sur la planète, utilisent des systèmes sanitaires similaires, les chercheurs avancent donc qu’environ 41,7 millions de tonnes de déchets humains, chaque année, sont traités avant d’atteindre la nappe phréatique, un service sanitaire évalué à 4,4 milliards de dollars.

Cependant, les scientifiques précisent que cette estimation sous-évalue probablement la véritable valeur de ces services de traitement des déchets, puisque les procédés naturels pourraient contribuer à d’autres formes de nettoyage des eaux usées, bien que ces dernières soient plus difficiles à quantifier.

M. Willcock et ses collègues espèrent que leurs conclusions permettront de faire la lumière sur cette contribution importante, mais souvent méconnue, de la nature dans la vie de tous les jours de bien des gens, et inspireront plusieurs personnes à mieux protéger les écosystèmes comme les terres humides, qui protègent les communautés voisines contre les substances polluantes se trouvant dans l’eau.

« Nous aimerions promouvoir une meilleure collaboration entre les écologistes, les spécialistes des services sanitaires et les planificateurs urbains pour aider la nature et les infrastructures à mieux travailler de concert, et ainsi protéger la nature là où elle fournit un service sanitaire », mentionne Mme Parker.

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