Se faire ou ne pas se faire vacciner: l’inutilité des sondages

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Rapporter dans les médias le pourcentage de gens qui hésitent à se faire vacciner contre la COVID pourrait faire plus de mal que de bien. C’est l’avertissement que donne la journaliste Tara Haelle à ses collègues, elle qui couvre les hésitations face aux vaccins depuis 10 ans.

Déjà, dans un texte paru au début de septembre, elle faisait référence à ces nombreux sondages des derniers mois sur ce qui était alors un hypothétique vaccin, et qui demandaient à des Américains, mais aussi à des Canadiens, des Français et d’autres, s’ils iraient se faire vacciner. Chaque fois, le pourcentage était présenté comme un obstacle au développement d’une immunité de groupe contre le coronavirus.

Mais outre qu’il y avait un problème à poser une question hypothétique sur un vaccin qui n’existait pas encore, « il est tout à fait raisonnable » d’être sceptique à propos d’un nouveau traitement, quel qu’il soit, écrit Haelle. Avoir des doutes, poser des questions, c’est ce qu’ont fait aussi cet automne tous les scientifiques et tous les médecins lorsqu’on les interrogeait sur un futur vaccin. Encore aujourd’hui, en dépit des nouvelles encourageantes, ils sont nombreux à attendre avec impatience de pouvoir lire l’étude de Pfizer, de Moderna ou d’AstraZenica, et à se désoler de devoir se contenter d’un communiqué de presse.

Les sondages sur ce que les gens prévoient de faire ont d’autant moins de valeur que « ce que les gens disent qu’ils feront dans un sondage et ce qu’ils finissent par faire divergent souvent ».

Mais ces sondages à répétition peuvent en plus avoir un effet délétère: créer l’impression qu’existe un risque, là où il n’y a que la crainte d’un risque. Et du coup, « réduire la confiance dans un vaccin qui sera éventuellement disponible », déclarait en septembre la chercheure en médecine de l’Université Laval, Holly Witteman, interrogée par Tara Haelle.

Des recherches en sciences sociales sur les craintes face aux vaccins ont besoin de ce type de données : elles éclairent sur les raisons de ces craintes, les biais cognitifs et les comportements. Mais des médias « qui mettent leur poids derrière leurs propres sondages n’ont pas l’expertise pour ce type de recherche », tranchait Haelle dans un second texte paru en septembre.

« L’hésitation vaccinale » pourrait certes devenir un problème dans la campagne de vaccination qui s’annonce pour 2021. Le mélange de la traditionnelle hésitation vaccinale et des multiples théories du complot entourant la COVID pourrait donner une dimension inédite au problème. Mais dans l’immédiat, la  qualité de l’information  qui sera disponible sur ces vaccins et la transparence dans la diffusion des données scientifiques, seront les premiers défis.

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Agence Science-Presse

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