COVID-19: non, l’OMS n’interdit pas les autopsies

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Selon une rumeur qui s’est répandue en plusieurs langues, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) aurait interdit les autopsies de patients morts de la COVID-19, dans le but d’empêcher une vérité de voir le jour. Au-delà du fait que la fausseté de cette affirmation peut facilement être démontrée, elle repose sur une méconnaissance des réels pouvoirs de l’OMS, constate le Détecteur de rumeurs.

L’origine de la rumeur

Le point de départ est une affirmation suivant laquelle des médecins italiens auraient prétendument découvert que ce n’est pas un virus mais une bactérie qui causerait les décès associés à la Covid. Ils auraient fait cette « découverte » en désobéissant à « la loi sanitaire mondiale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de ne pas pratiquer d’autopsies sur les morts du coronavirus ». Depuis la fin du mois de mai, diverses versions de cette « théorie » ont été partagées dans plusieurs langues, comme le françaisl’anglais et même le tagalog, un dialecte philippin.

Les faits

C’est en réalité le contraire: les lignes directrices de l’OMS disent clairement qu’il est tout à fait possible d’autopsier un corps présumé ou confirmé infecté par la Covid-19, à condition de respecter certaines mesures de sécurité pour éviter tout risque de contaminer le personnel qui pratique ces autopsies. Par exemple, il faut effectuer ces procédures « dans une salle convenablement ventilée, c’est-à-dire comportant au moins une ventilation naturelle […], ou dans le cas des salles équipées d’une ventilation mécanique, sous pression négative ». Les États membres de l’OMS, comme le Canada, basent leurs propres lignes directrices sur ces recommandations.

De semblables recommandations s’inscrivent dans la mission globale de l’OMS qui, dans les situations d’urgence, comme une pandémie, a entre autres pour rôle d’établir des normes afin d’harmoniser la réponse de la communauté internationale. Dans le cas de la COVID-19, l’OMS enjoignait d’ailleurs dès la fin janvier les pays à « mettre en œuvre une approche globale en matière de santé publique » pour prévenir les infections.

Recommander, mais pas ordonner

Toutefois, l’OMS ne peut pas contraindre ses membres à suivre ses orientations, et c’est pourquoi, même si elle avait recommandé de ne pas pratiquer d’autopsies (ce qu’elle n’a jamais fait), elle n’aurait eu aucun pouvoir pour obliger qui que ce soit. Contrairement à d’autres organisations de l’ONU comme l’Organisation mondiale du commerce, qui dispose d’un mécanisme de résolution des différends commerciaux, l’OMS n’a pas de pouvoir incitatif ou coercitif et mise plutôt sur une approche de volontarisme. C’est ce qui explique que, par exemple, un pays comme la Suède ait pu gérer la crise à sa manière, sans imposer de confinements aussi stricts qu’ailleurs.

Ce manque de pouvoirs contribue aux critiques. Elle a par exemple été blâmée pour sa gestion de la crise du virus H1N1 de 2009, notamment en ce qui a trait à la transparence de ses processus décisionnels. Il en a été de même pour sa réponse jugée tardive face à l’épidémie d’Ébola, en 2014. Les réformes subséquentes concernant les urgences sanitaires ne l’ont pas empêchée d’être attaquée cette année, cette fois-ci pour sa présumée complaisance envers la Chine.

Les États-Unis, à l’origine de cette accusation, ont d’ailleurs menacé de mettre fin à leur relation avec l’OMS. Ils ont suspendu leur contribution monétaire de 553 millions de dollars américains pour l’exercice financier 2020-2021. Cette cotisation représente plus de 20 % du budget annuel total de l’OMS, qui est actuellement d’environ 2,4 milliards. À titre de comparaison, ont noté plusieurs observateurs lors du retrait américain, c’est moins que chez certains hôpitaux universitaires comme celui de Cleveland, en Ohio, dont le budget se chiffrait à 3,9 milliards en 2017.

En fait, l’OMS souffre d’un sous-financement chronique depuis longtemps. Le retrait des États-Unis pourrait la rendre encore plus dépendante de fonds provenant d’organisations philanthropiques, comme la Fondation Bill & Melinda Gates, qui lui a versé 341 millions en 2020-2021… au risque d’alimenter d’autres théories du complot.


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Agence Science-Presse

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