Judy & Punch, le féminisme à coups de marionnettes… et de sorcellerie

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Dans la ville anglaise de Seaside, la loi a le dos large. Il suffit souvent d’un soupçon pour faire condamner quelqu’un à la peine capitale, et les habitants du coin sont plus qu’heureux de lapider, pendre et exécuter à qui mieux mieux. Pour Judy & Punch, un couple de marionnettistes, la bourgade sera aussi le lieu d’une profonde transformation.

Réalisé et scénarisé par Mirrah Foulkes, une actrice principalement connue pour sa participation à plusieurs séries télévisées, notamment HarrowThe Crown, ou encore All Saints, qui signe ici son premier long-métrage, Judy & Punch présente ce qui semble tenir à la fois de l’époque victorienne et des sombres périodes du Moyen-Âge. Si les costumes, notamment, et les références à Londres (« The big smoke », probablement une allusion aux fumées des usines) font penser que le film se déroule au 18e, ou encore au 19e siècle, la tendance généralisée à rejouer l’Inquisition espagnole vient jeter le doute dans nos esprits.

Quoi qu’il en soit, Judy et Punch forment un couple depuis que la jeune et belle Judy (Mia Wasikowska) s’est éprise du célèbre Professeur Punch (Damon Herriman), un marionnettiste sur le retour dont la tendance à lever un peu trop facilement le coude (et à s’emporter violemment) ont failli torpiller la carrière. Les voilà donc revenus à Seaside, ville de résidence de Judy, à quémander les piécettes pour présenter un spectacle qui a la faveur du public, oui, mais qui est de plus en plus violent. Malgré l’univers médiévalo-victorien, Judy & Punch est en fait un film tout à fait contemporain: il y est question de violence dans le couple, de relation toxique, de féminisme, d’émancipation de la femme, voire de multiculturalisme. Le tout saupoudré d’un peu d’humour noir, bien entendu.

Un grand drame survenant environ au milieu du film viendra faire éclater une relation déjà particulièrement chancelante, en plus de jeter un nouvel éclairage sur les façons d’agir de nos deux personnages principaux. Si on pourrait déduire, au premier regard, que Judy & Punch est « simplement » l’histoire d’une femme violentée qui réussit à stopper un conjoint toxique, le film tente de donner, de façon parfois plus ou moins bien réussie, la même profondeur au personnage de Punch. Celui-ci semble d’ailleurs être coincé dans un système qui le mènera tout droit à l’autodestruction, une tendance délétère qu’il encourage notamment avec sa consommation d’alcool excessive.

Le film offre donc un point de vue relativement nuancé sur une situation complète. Et en étant ni carrément une comédie, ni simplement un drame, Judy & Punch représente une lecture bien intéressante de l’épineux problème des relations personnelles dysfonctionnelles, avec tous les possibles facteurs externes que cela suppose. Reconnaissons donc que pour un premier long-métrage, Mme Foulkes donne dans une certaine subtilité, et que la maison de distribution A71 a bien fait d’accepter de se mouiller. À voir… mais uniquement sur demande, pandémie oblige.

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme.

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