The Beach Bum – Vivre au gré de sa bonne fortune

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Quelque part dans un «party» étudiant ou dans une station touristique exotique, qui n’a jamais rencontré ce gars que tout le monde connaît et qui carbure aux paradis artificiels? Après Spring Breakers (2012), le cinéaste Harmony Korine replante sa caméra sur la plage afin de dresser le portrait de l’archétype du «party animal» avec The Beach Bum (2019).

À Miami, un roi de la fête ne vit que pour la débauche. Il a beau détenir un talent pour la poésie, il passe tout son temps à consommer du sexe et de la drogue. Un jour sa femme décède et cela met en lumière qu’il vivait sur son bras pendant tout ce temps. Comme elle avait inscrit dans son testament qu’il doit publier un livre pour avoir accès à sa part d’héritage, la maison, la piscine et assez d’argent pour ne pas travailler, il se retrouve à la case départ. Désormais, il traîne sa machine à écrire dans son baluchon et renoue avec de vieilles connaissances, dont nul autre que Snoop Dogg. Ce dernier fait pousser la quintessence des plants de pot sous un éclairage mauve.

Ce personnage que l’on suit du début à la fin, surnommé Moondog, serait le genre d’autostoppeur de l’essai On the Road (1957) de Jack Kerouac, faisant l’aller-retour entre le film House Party (1990) de Reginald Hudlin et le film Inherent Vice (2014) de Paul Thomas Anderson. Jim Morrison sans ses musiciens, Hunter S. Thompson sans le journalisme, l’acteur Matthew McConaughey reprend le personnage alpha de Ron Woodroof du film Dallas Buyers Club (2013) de Jean-Marc Vallée, mais en plus hippie. Ce ne serait pas faux d’y voir un remake du film français Brice de Nice (2005) de James Huth, à condition de troquer l’acteur Jean Dujardin pour l’ensemble de la distribution de Pauly Shore, cet acteur branché des années 1990.

À l’instar des cinéastes marginaux Gaspar Noé et Denis Côté, le cinéma d’Harmony Korine a pris un tournant majeur, plus grand public. The Beach Bum (2019) se situe à mille lieues de ses films crus et perturbants: Kids (1995), Gummo (1997) et Mister Lonely (2007). N’empêche que ces captations de réalités insolites l’ont amené à développer une façon de raconter une histoire par les dispositifs techniques avec un certain réalisme. Ce cinéaste n’embaume pas ses personnages dans des moments glorieux.

En somme, peu de choses se passent dans la vie du héros, mais la manière de filmer et la bande sonore de classiques bien connus nous font passer un bon moment. Ceux qui trouvent Moondog insignifiant risquent de pouffer de rire à la fin.

Dans les nuages

Les spectateurs qui n’aiment seulement que les films à morale édifiante ne peuvent pas nier l’ascendance que ce type d’aura populaire représente pour la société. Le défunt chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton a séduit une partie de l’électorat québécois en se faisant qualifier de «bon Jack» et de «party animal». Alors que le premier ministre du Canada, Justin Trudeau ne manque pas une occasion de se déguiser pour participer aux divers rassemblements et voulait légaliser la marijuana le 1er juillet, jour de fête. Voir le président Donald Trump comme un fêtard aide à comprendre le plaisir qu’il a eu à rencontrer le dictateur nord-coréen et à soumettre la presse à l’impératif du vrai ou faux.

The Beach Bum (2019) est un film pour adultes, mais les enfants ne seront pas laissés pour compte puisque que Tim Burton a réalisé Dumbo (2019) produit par Disney également à l’affiche. «C’est un peu comme des recettes de confitures. On vous dit comment faire des confitures et dans la recette il y a trop de sucre. On devrait en mettre un peu moins, ça ne goûte que le sucre. On continue à Hollywood de faire des recettes avec trop de sucre. On ne peut pas s’empêcher en terme de morale, en terme d’affrontement, on doit grossir le trait tout le temps», souligne le critique cinéma, Michel Coulombe à l’émission Samedi et rien d’autre du 30 mars.

Il n’y a pas de bon moment pour commencer, comme dirait l’autre. L’Amérique est grande.


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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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