Alain Lefèvre, une très bonne raison pour braver le froid

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Samedi soir dernier, l’orchestre symphonique de Montréal présentait un programme intitulé Alain Lefèvre et le concerto de Tchaïkovski. Le chef invité était Nicolaj Szeps-Znaider, aussi célèbre pour ses prestations à la barre des grands orchestres que pour ses enregistrements, à titre de soliste, de nombreux concertos pour violon.

Avec un pareil titre, le programme aurait pu s’arrêter là. Oui les trente-deux minutes du Concerto pour piano no 1 en si bémol mineur, op. 23 sous les doigts d’Alain Lefèvre auraient valu à elles seules le déplacement. Mais au grand plaisir des mélomanes, l’OSM n’a pas seulement bien fait avec le grandiose pianiste mais avec chaque œuvre au programme, de façon quelque peu inégale mais toujours satisfaisante.

Le Berlioz, d’abord, dans son Ouverture de Béatrice et Bénédict. La toute première mesure a semblé ne pas débuter en même temps pour tout le monde mais ce hiatus fut de courte durée. Le toujours très coloré OSM n’a pas manqué de briller dans les parties plus lyriques de la courte œuvre. Les flûtes et les cuivres ont fourni une grande part de la brillance et de l’émotion de cette première œuvre dans une interprétation qui aurait pu être un brin plus dynamique. Mais, à ce sujet, le rattrapage ne tardera pas.

Je triche ici sur la chronologie pour vous parler de la troisième œuvre au programme, la Suite Le chevalier à la rose, op 59, de Richard Strauss. Avec la richesse et la puissance qui la caractérisent, il peut être étonnant de qualifier cette œuvre d’éducative. Mais il m’apparaît qu’elle arrive à représenter, à elle seule, la transition entre le 19e et le 20e siècle de la musique symphonique. À cet égard, le chef Szeps-Znaider semblait aussi à l’aise de diriger ses troupes dans les mouvements très viennois du 19e siècle que dans les rythmes brisés et les dissonances du 20e. L’orchestre collait d’ailleurs à ses directives comme s’il les connaissait par cœur. Encore une fois, les cuivres ont brillé et ont superbement résonné dans la Maison symphonique.

Revenons maintenant à l’œuvre titre de la soirée. Le célébrissime concerto no. 1. Celui-là même qui a donné un bon coup de pouce à la célébrité d’un certain André Laplante, il y a quelques décennies. Eh bien, si Alain Lefèvre n’était pas déjà si encensé sur la planète musique, il se serait fait un nom, samedi soir. Non seulement le pianiste a livré une interprétation à la hauteur de l’œuvre mais je ne crois pas exagérer en disant qu’il l’a magnifiée. Dans une pièce qui demande tout à son interprète, Lefèvre a tout donné. Il était vif, brutal, souple, chantant, puissant, rapide, coloré et intense. Soutenu et suivi comme son ombre par Szeps-Znaider et l’OSM, il a brillé, il nous a réjoui, il nous a fait souhaiter que la pièce ne se termine pas. Tout cela était si sublime que seule la sonorité du piano, dont les graves avaient une résonance un peu métallique, ainsi que certains tuttis qui enterraient le piano, sont venus nous priver de la perfection.

Cette soirée si bien remplie jusque-là, s’est terminée dans une apothéose d’énergie et de bonne humeur avec l’interprétation joyeuse et très fougueuse, merci M. Szeps-Znaider, de l’Ouverture de La chauve-souris de Johann Strauss II.


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À propos du journaliste

Martin Prévost

Martin Prévost fréquente la scène culturelle montréalaise depuis plus de trente ans. À titre de chroniqueur culturel, il a collaboré au magazine Paraquad durant deux ans et il est un fidèle de Pieuvre.ca depuis ses débuts. Ses intérêts vont du design à la danse contemporaine en passant par les arts du cirque, la musique du monde, la littérature, le théâtre, les arts visuels et le cinéma. Musicien amateur, il consacre la plupart de ses interventions pour Pieuvre.ca à la musique classique, de la musique de chambre à l’opéra.

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