Vivre en ville nous rend-il misanthropes?

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Une nouvelle étude de chercheurs en psychologie de l’Université de Miami sur les interactions anonymes suggère que les humains « éteignent » leur propension automatique à partager des éléments dans le cadre d’interactions avec des étrangers.

Donneriez-vous un pourboire à votre serveuse si vous saviez que vous ne retournerez jamais à son restaurant? Probablement, puisqu’il s’agit de la façon dont la plupart des personnes apprennent à mener des interactions sociales. Mais que feriez-vous si vous saviez que la serveuse ne saura jamais si vous lui avez laissé un pourboire? Sans l’incitatif représenté par son approbation, seriez-vous aussi généreux?

Des chercheurs du Evolution and Human Behavior Laboratory de l’Université de Miami, qui cherchaient à répondre à cette question, ont découvert que les humains ont appris, il y a bien longtemps, à être instinctivement généreux et juste avec les autres, mais qu’il est possible de désapprendre rapidement ce comportement lorsqu’ils rencontrent des étrangers, si nous savons que nous ne pourrons pas bénéficier de nos actions.

Le principal auteur de l’étude, l’étudiant au doctorat en psychologie William H.B. McAuliffe, et l’un des autres auteurs de la recherche, Michael E. McCullough, professeur de psychologie, ont indiqué que leurs travaux publiés dans Nature Human Behavior venaient soutenir la théorie voulant que notre esprit de coopération innée était un vestige de notre passé. Lorsque nous vivions en petits groupes, nous connaissions tous les membres de notre réseau social – ou quelqu’un qui les connaissait – et nous ne savions jamais quand nous aurions besoin de leur aide. Avec le temps, nous avons automatisé la décision d’être gentil par intérêt personnel.

« Nous circulons en fait avec un état d’esprit remontant à l’Âge de pierre », a dit M. McCullough. « Nos cerveaux croient encore que la façon dont nous traitons tout le monde pourrait avoir des conséquences – que chaque personne que nous rencontrons, et avec qui nous sommes gentil ou méchant, va éventuellement nous rendre la monnaie de notre pièce. Nous avons un système intégré de « karma » parce que nous esprits ont évoluer pour penser que nous récoltons vraiment ce que nous semons. »

Mais l’étude des chercheurs démontre que ce « raccourci cognitif » construit dans nos cerveaux pour être généreux ou juste peut aisément être désactivé lorsque nous apprenons qu’il n’y aura pas de réaction qu’elle soit positive ou négative. Les chercheurs ont démontré ce fait en exposant 200 volontaires à un environnement social dépourvu d’incitatif ou de conséquences négatives pour la façon dont ils traitaient les autres, et en suivant l’évolution de leur comportement avec le temps.

Ces volontaires, qui sont arrivés au laboratoire en petits groupes en deux occasions différentes éloignées d’environ un mois, ont reçu comme consigne de jouer à trois jeux qui nécessitaient qu’ils prennent des décisions à propos d’investissements financiers et de partage des revenus avec les autres personnes présentes dans la pièce. Mais, installés avec des écouteurs sur les oreilles, les participants n’ont pas interagi les uns avec les autres. Ils ont pris leurs décisions et recueilli leurs revenus de façon anonyme et discrète.

Adaptation

Pendant la première ronde du jeu, révèle l’étude, les participants se sont comportés de façon prévisible: agissant en fonction des comportements définis par leurs expériences quotidiennes, ils ont partagé leurs gains de façon équitable avec des étrangers, et ont cédé environ la moitié de leurs revenus. Mais lors de leur deuxième visite, ils n’étaient pas aussi généreux, partageant environ 20% moins d’argent.

« Après s’être adaptés à cette situation, ils ont réalisé que cela était extraordinairement différent des situations vécues sur une base quotidienne », dit M. McAuliffe. « Ils ont réalisé « Ce que je fais n’importe pas vraiment. Il n’y a pas de conséquences sociales. Personne ne va me donner une petite tape dans le dos si je suis généreux. Personne ne va penser que je suis pingre si je ne le suis pas. » Alors, lorsqu’ils reviennent, ils n’agissent pas en fonction de ce raccourci cognitif parce qu’ils ont appris que les mêmes règles ne s’appliquent pas. »

M. McCullough, qui a consacré sa carrière à faire la lumière sur le comportement humain en examinant l’évolution de l’espèce, affirme que l’étude pourrait expliquer pourquoi les habitants des villes ont la réputation d’être plus pressés et moins amicaux envers les étrangers que les résidents des petites villes.

« Je crois que cette étude indique que nous n’avons pas évolué pour devenir généreux envers les étrangers, mais que nous avons plutôt évolué dans un monde où il n’y avait pas vraiment d’étrangers », dit le chercheur. « Nous connaissions tout le monde. Ils nous connaissaient, alors si nous étions méchants envers quelqu’un, cette personne pouvait le dire. Nous visons désormais dans des villes comptant des millions d’habitants et vous pouvez véritablement rencontrer un étranger et dire « Je ne verrai plus jamais cette personne – et vous en sortir si vous la traitez mal. » Cela est moins le cas dans les petites villes, où pratiquement tout le monde se connaît. »


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