Présence autochtone – Saut dans le temps de l’artiste Sonny Assu

1

Tels des graffitis, les symboles colorés superposés sur des toiles datant du 19e siècle illustrent une ellipse ou la rencontre de l’état de nature et de l’ère numérique. Terres en vues et le Festival présence autochtone présentent l’exposition Sonny Assu: une histoire sélective jusqu’au 24 novembre à la galerie La Guilde.

Originaire de North Delta en Colombie-Britannique, l’artiste pluridisciplinaire Sonny Assu a découvert son héritage Ligwilda’xw et Kwakwaka’wakw à l’âge de huit ans. Ayant grandi en banlieue, son imaginaire a été imprégné par la culture populaire, dont ses références aux séries de science-fiction, aux nouvelles technologies et ultimement au Pop Art. Son œuvre représente un croisement entre la tradition autochtone et la modernité artistique de la côte ouest.

À la galerie La Guilde, les œuvres exposées proviennent de deux séries différentes. Il y a des tambours traditionnels en peau peints de motifs abstraits. L’artiste s’est inspiré des symboles d’une écriture autochtone, moins dans le but sémiotique de formuler un message littéral que pour reproduire son aspect graphique. Si le tambour sert à communiquer, l’autre série d’impressions colorées sur des reproductions de peintures aux sujets autochtones datant de la colonisation fait appel à la contemplation.

Lorsqu’on pense aux Autochtones de la côte ouest, le totem nous vient en tête. Un par-dessus l’autre, les divisions de ce monument vertical logent des animaux et des personnages stylisés aux formes carrées dont les coins sont arrondis. L’artiste semble vouloir amener à l’extrême la relation entre le totem et l’environnement dans lequel il est érigé. À l’aide de l’impression numérique, il superpose des symboles du futur sur des scènes du passé, des symboles et des scènes teintées de la culture autochtone.

Autre détail marquant des totems : les yeux ronds et noirs de ces mythes, recyclés par l’artiste par des formes circulaires qui percent son œuvre. Ainsi, l’artiste joue avec l’optique en superposant la perspective axonométrique conservant l’impression de volume à la perspective géométrique suivant la ligne d’horizon. La planéité que l’on retrouve dans les collages ou dans l’abstraction en peinture figure en non-lieu, reflétant un effet de suspension.

Sa grand-mère Leila atteinte de démence répétait sans cesse son expérience de survivante des pensionnats autochtones. «Peux-tu croire que c’est déjà arrivé ?», concluait-elle à chaque fois avec des inflexions de colère, d’incrédulité et d’un humour inquisiteur.

What a Great Spot for a Walmart! (2014) ou The only thing more pathetic than Indians on TV is Indians watching Indians on TV (2015) sont des titres évocateurs qui viennent s’insérer dans l’ellipse visuelle.

Cadre non circulaire pointant vers le bas, la peinture #DigitalNative (2011) semble faire la jonction entre les tambours et les tableaux au centre de la galerie.

Un arrêt qui en vaut la peine.


Autres contenus:

https://www.pieuvre.ca/2018/08/15/bansky-desavoue-une-exposition-de-ses-oeuvres-a-moscou/

Partagez

À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

Un commentaire

  1. Pingback: World Press Photo 2018: les images coup de poing qui ont fait l’année 2017

Répondre